10 juillet 2013

RDC: Accusation de sorcellerie, une autre forme de violence faite à l’égard des filles et femmes à l’est de la RDC !



Prise en charge scolaire au centre
 Children's Voice Bujovu
Une lutte sans merci est menée depuis des années  pour protéger des enfants et des femmes accusés de sorcellerie dans la province du Nord Kivu.

Torturés, terrorisés et même tués, ces enfants et jeunes sont accueillis aux centres Children’s Voice dans un cadre protecteur où ils reçoivent un appui psychosocial et médical. Les plus jeunes ont une prise en charge scolaire et les plus grands ont une formation en différents métiers.
Des filles en atelier de couture au centre
 Children's Voice Virunga
Des séances de sensibilisation et de formation des leaders communautaires et responsables des églises sont régulièrement organisées. Des comités de suivi et de protection ont été mis en place pour dénoncer et appeler au secours de la police spéciale de protection de l’enfant. Un accompagnement et un suivi régulier sont assurés par Children’s Voice.
Parmi les victimes des accusations de sorcellerie, 98% sont des filles, des femmes pauvres et des vieilles femmes qui sont touchées par ce phénomène. Pour les enfants ce sont plus des orphelins, enfants issus des familles très pauvres, des enfants de la rue, des enfants abandonnés, de petites filles ramenées du village pour des travaux de ménage ou des baby-sitters.
Nous avons voulu savoir pour quelles raisons des femmes sont accusées et pas des hommes ! Quelques points de vue ont été recueillis auprès des hommes dans la ville de Goma:
-  Jacques : c’est une mentalité encrée dans la philosophie de base qui dit que le malheur ne peut venir que de la femme !
-  Safari : On parle plus de sorcière et non de sorcier ! L’homme est plutôt appelé « mufumu » dans le sens de guérisseur, de protecteur du mal, de prédicateur.
-  Boniface : la femme est facilement assimilable aux mauvais esprits ! C’est ça la tradition !
-  Yves : Selon l’ancienne tradition, la femme est l’origine du malheur ! Dans le barza où sont réunis des vieux du village, il ne faut pas qu’une femme y entre ! Elle ne doit pas écouter la conversation des hommes ! Elle parle beaucoup, elle est indiscrète, elle n’a rien d’enrichissant dans sa façon de voir, voilà !
Sensibilisation des leaders communautaires
-  Jean Louis : Une femme qui perd son mari pour la 2ème fois, est porteuse de malheur, sorcière et elle aura du mal à avoir un autre mari ! Tandis qu’un homme n’a pas de problème même veuf pour la 5ème fois. Il aura d’autres épouses. On dit seulement qu’il n’a pas de chance !
-  Charles : Dans la région ici il y a un clan dit « de porte malheur ». On nous a appris qu’il faut faire attention et ne pas épouser filles de ce clan. Pourtant leurs garçons n’ont pas de problème. Ils peuvent épouser les filles des autres clans comme si le malheur de ce clan n’est que sur les filles !
-  Jean : C’est carrément une façon d’écarter la femme, de l’exclure de la gestion et de la prise de décision. Une sorte de mépris et de violence à l’égard de la femme.

Un documentaire a été réalisé par l’Unicef sur Josiane, une fille accusée de sorcellerie. Cliquez sur ce lien pour y accéder :

http://www.unicef.org/infobycountry/drcongo_69736.html

Comme dit Josine dans ce documentaire et grâce aux efforts de cette organisation qui l’a accueillie, il y a lieu de garder espoir pour un avenir meilleur pour elle et pour les filles et femmes de la région. Le combat est encore longue pour faire changer de mentalité de la société.

Juin 2013
Christine Musaidizi

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