23 février 2012

Des structures d’accueil spécialisées pour les enfants en conflit avec la loi


Un enfant, même s’il a commis un manquement qualifié d’infraction à loi pénale, doit être protégé à tout prix et doit pouvoir bénéficier des structures appropriées qui prennent en compte son plus jeune âge, ses besoins, son niveau de maturité et sa vulnérabilité face aux adultes. Les conditions de détention dans les prisons sont en générales mauvaises et les enfants peuvent être facilement victimes d’abus en tous genres par les prisonniers adultes. Un enfant en conflit avec la loi est en droit de bénéficier de la justice juvénile.

C’est pourquoi il existe à Goma deux structures spécialisées qui accueillent seulement les mineurs: l’établissement public appelé EGEE « Etablissement de Garde et d’Education de l’Etat » et l’organisation privée MIDEFEHOPS. Ainsi, le Juge pour Enfants ordonne le placement de tous les enfants en conflit avec la loi déférés devant lui (placement provisoire) ou pour lesquels il a prononcé une décision (placement définitif) dans l’une de ces deux structures, ou bien en famille.

Monitoring et plaidoyer

Cependant, certains enfants sont encore malheureusement en prison ou dans les cachots et amigos mélangés avec les adultes. C’est le cas quand ils déclarent devant l’officier de police judiciaire ou le magistrat du Parquet ou de l’Auditorat militaire lors de l’instruction qu’ils sont adultes, par exemple car ils sont intimidés ou bien tout simplement car ils ne connaissent pas leur âge.

Ainsi Children’s Voice organise des visites de monitoring dans certains lieux de détention à Goma comme à la prison centrale MUZENZE, afin d’identifier et d’auditionner les présumés mineurs qui s’y trouveraient. Lors de ces visites, nous essayons de récolter le plus d’informations possibles sur la famille et le parcours scolaire des présumés mineurs afin de retrouver des pièces justificatives de leur âge, telles que l’acte de naissance, une carte de baptême ou des dossiers scolaires.
Une grande difficulté se pose ici car l’enregistrement à l’état civil des enfants à la naissance n’est pas choses commune, ainsi de nombreux enfants se retrouvent sans acte de naissance de l’Etat. De plus certains enfants ne sont pas allés à l’école, ou bien leurs documents ont été perdus ou brulés pendant la guerre. D’autres possèdent des pièces mais ils viennent des territoires où il est difficile que nous accédions. Par ailleurs, certains présumés mineurs n’hésitent pas à mentir sur leur âge et leurs informations pour pouvoir bénéficier de la justice juvénile, ce qui complique notre tâche de monitoring et de plaidoyer.

Après le travail d’enquête, nous menons un plaidoyer auprès des instances judiciaires appropriées, le Parquet de Grande Instance, le Tribunal de Grande Instance ou l’Auditorat militaire afin que le juge instructeur du dossier de l’enfant se déclare incompétent et défère l’enfant vers son Juge naturel, le Juge pour enfants, qui pourra ordonner son placement vers une structure appropriée pour mineurs.


D’autres ONGs et la section de protection de l’enfant de la MONUSCO sont engagées à nos côtés dans ces activités de monitoring et de plaidoyer afin de permettre aux enfants en conflit avec la loi de jouir de tous leurs droits.


Février 2012

Caroline Thurel
Bénévole

Goma, Réunification familiale d’un enfant en conflit avec la loi

Le 12 janvier 2012, dans le cadre de la supervision du projet UHAKI na KINGO, Children’s Voice a effectué une descente à SAKE, un village à 27 km de Goma, en vue de réunifier un enfant en conflit avec la loi pour lequel le Tribunal Pour Enfants a qualifié de viol, le manquement commis par ce dernier et l’a condamné à payer en titre de dommage intérêts la somme de 200000 francs congolais (équivant à 222 dollars américains) à la partie civile (famille de la victime). L’enfant était placé à l’Etablissement de Garde et d’Education de l’Etat (EGEE) de Goma depuis le mois d’aout 2011 pour une période ne dépassant pas ses 18 ans d’âge.

Ayant réalisé ses 18 ans la veille, l’enfant a été conduit chez ses parents dans le territoire de Masisi, à Sake, accompagné des assistants sociaux et de l’équipe chargée de protection légale et sociale de Children’s Voice. À l’arrivée, l’enfant a été confié à sa tante, faute d’absence de ses père et mère n’ayant pas été prévenus à l’avance car étant injoignables. La tante de l’enfant se dit satisfaite de l’arrivée de son neveu et de sa réinsertion familiale. Aussi a –t- elle promis de veiller à ses autres enfants de peur qu’ils ne tombent dans la même erreur.
Pour prévenir un climat d’attente entre les deux familles, celle de l’enfant en conflit avec la loi et celle de la victime, l’enfant a été conduit auprès de la famille qui a été lésée pour la médiation, tâche qui n’a pas été facile, mais avec l’expérience des assistants sociaux, les deux familles se sont entendues et ont promis de se mettre ensemble pour discuter sur la modalité de réparation du préjudice subi.

Janvier 2012
L’Equipe de Children’s Voice

18 février 2012

Levons-nous contre le recrutement des enfants dans des forces et groupes armés !

Tel a été le message à l’occasion de la Journée Internationale des enfants soldats célébrée le 12 février par laquelle l’ONG Children’s Voice a encouragé la communauté à continuer à se battre contre l’enrôlement des enfants dans les forces et groupes armés et à faciliter la réinsertion des ex-enfants soldats de retour chez eux.


Children’s Voice, en tant qu’activiste des droits de l’enfant depuis 10 ans, a célébré cette journée avec 60 enfants de 12 à 17 ans venus de ces deux centres d’encadrement, Bujovu et Virunga. Parmi eux, quatre anciens enfants soldats qui ont courageusement fait part de leur expérience. A travers les différentes activités menées par les enfants : table ronde, concours de dessin, micro-baladeur, ils ont pu donner leur opinion sur ce que signifie pour eux être enfant soldat, tout en étant sensibilisés sur les méfaits d’une telle pratique et le besoin essentiel pour l’ex enfant soldat d’être bien accueilli par sa communauté, sa famille, ses amis.

Témoignages des ex-enfants soldats face aux souffrances subies
« Nous avons été battus, torturés, blessés sans médicaments, on utilisait parfois des médicaments traditionnels au hasard », s’exclame un ex-enfant soldat, Gislain, devant l’auditoire de la table ronde organisée dans la salle Janusz Korczak au Centre Virunga de Children’s Voice.
Un autre ex-enfant soldat s’exprime à son tour : « Personne ne peut supporter nos caprices car n’étant pas nos parents, ils nous laissent sous la pluie pendant que nous montons la garde. »
Les enfants soldats souffrent beaucoup, ils sont tabassés, fouettés, violés, exploiter physiquement et sexuellement, exposés à beaucoup de risques dont les maladies, la malnutrition, le froid, les troubles psychologiques du fait des morts et du sang qu’il voit coulé. Ils ont vécu la violence.
« On nous exploitait économiquement parce qu’il fallait transporter toutes les munitions et tous les biens volés. », témoigne un enfant ex- soldat
Il est surprenant de constater que les autres enfants sont très conscients des souffrances endurées par les enfants soldats, comme le montre si bien ce dessin qui a remporté le premier prix du concours organisé par Children’s Voice à l’occasion de cette Journée Internationale. Des enfants non soldats se sont exprimés par des dessin exprimant la souffrance des enfants soldats.

Révolte et pauvreté comme causes chez les enfants de se faire enrôlé
Depuis une quinzaine d’années, la RDCongo a été le théâtre de plusieurs conflits au cours desquels des enfants ont été recrutés et utilisés comme combattants, messagers, espions, porteurs, cuisiniers et pour services sexuels. Certains sont recrutés de force ou enlevés, d’autres s’enrôlent pour fuir la pauvreté, la maltraitance et la discrimination, ou pour se venger des auteurs d’actes de violence commis à leur encontre de leur famille et leur communauté. D’autres enfants n’ont pas de proches parents ni de parents ni de tuteurs pour les protéger, ils voient l’armée comme leur seule famille.

Des ex-enfants soldats difficilement accueillis dans leur communauté
Les enfants soldats peuvent être persécutés par leurs chefs militaires et se retrouvent en danger s’ils tentent de sortir des forces et groupes armés. S’ils arrivent malgré tout à s’échapper, un autre combat les attend chez eux, l’acceptation par leur communauté et leur famille, qui les craignent, les discriminent et qui les voit bien souvent comme des bandits.
Il est essentiel pour leur réintégration sociale et économique de bien accueillir ces enfants, qui ont déjà subies de très grandes souffrances et traumatismes. Tout comme Children’s Voice, qui offre une formation de mécanique à plusieurs ex-enfants soldats dans ses centres de Virunga et de Bujovu, de nombreuses organisations offrent une chance aux anciens enfants soldats de se réintégrer dans la société, en leur apprenant des métiers et en sensibilisant la communauté.
Des enfants engagés pour que cette situation cesse !
« Les enfants ont été très enthousiastes de cette journée de sensibilisation et ont participé aux activités avec vivacité, se réjouit l’équipe d’encadrement de Children’s Voice ». Ils ont librement fait part de leur opinion, de leurs expériences pour certains et ont compris les dangers et les souffrances à devenir enfant soldat, comme le dit si bien l’enfant Micheline : « un enfant ne doit pas aller à la guerre mais à l’école. »


Ils ont également exprimés des recommandations pour qu’il n’y ait plus d’enfants soldats. Selon eux, les ex-enfants soldats doivent continuer à faire part de leur expérience aux enfants pour les dissuader d’entrer dans les forces et groupes armés, les ONGs doivent continuer leur combat, les groupes rebelles doivent disparaitre, la paix doit revenir, les commandants des groupes et forces armés doivent être arrêtés et répondre de leurs actes, les parents doivent encadrer parfaitement leurs enfants et les occuper de manière à ce qu’ils n’aient pas d’idées noires et enfin l’Etat doit s’engager pour protéger et promouvoir les droits des enfants et créer de l’emploi pour les jeunes. Ces témoignages, médiatisés par Mishapi Voice TV, toucheront le plus grand nombre nous l’espérons.

Nous avons compris que chacun a un rôle à jouer pour que plus aucun enfant ne devienne soldat : agissons tous ensemble pour garantir les droits des enfants !

Caroline Thurel
Bénévole

09 février 2012

RD Congo, une justice équitable aux enfants

Pour la toute première fois, les enfants de la République Démocratique du Congo bénéficient d’une justice équitable, adaptée à leur âge et dans un cadre approprié grâce à un tribunal pour enfants qui vient d’être installé à Goma depuis juin 2011.

Des dossiers sont traités avec célérité, des audiences sont tenues dans un cadre adapté, des jugements sont prononcés, des assistants sociaux formés sont à leur côté, des avocats assistent les enfants, des réunifications familiales sont faites ; des enquêtes sociales orientent les juges des enfants, un comité de médiation est installé pour des cas nécessitant une médiation familiale.

Sur la photo ci-dessus, des parents venus pour assister à l’audience des enfants qui va avoir lieu au tribunal.
Un tribunal approprié aux enfants est du nouveau dans la justice en RDC. Pour le cas de Goma, c’est l’aboutissement d’un travail de longue haleine de plus de six ans, fourni par un Comité de Suivi-Justice pour Enfants dans la province du Nord Kivu, conduit depuis le début, par Children’s Voice.
Ce comité a beaucoup travaillé pour améliorer les conditions de détention des enfants en conflit avec la loi et les enfants en prison avec leurs parents mais aussi pour protéger les enfants témoins qui se retrouvent confrontés à la justice. Il tient sa réunion une fois le mois. Cette année, l’Unicef a appuyé le comité de Suivi et le Tribunal pour enfants en finançant le projet « Uhaki na Kingo », mots en swahili qui signifient « justice et protection». Ce projet est réalisé par le tribunal pour enfants, la Division de la Justice, la Division des Affaires Sociales, Midefehops et Children’s Voice qui assure la coordination. Chaque membre contribue selon ses possibilités. C'est le cas de War Child et children's Voice qui transportent les enfants pour la réunification familiale.

Sur cette photo, une réunion du comité de Suivi-Justice pour enfants autour du Président du tribunal

Rappelons que ce comité avait vu le jour au moment où des enfants privés de liberté et placés en détention vivaient dans des conditions difficiles, souvent marqués par un long séjour désagréable dans les mêmes cellules que des adultes brigands et condamnés.

Ce qui les rendait de plus en plus désespérés et violents et les poussaient à commettre d’autres crimes. La succession de guerre et des conflits armés ainsi que le nombre réduit de la scolarisation, avaient haussé le taux de la délinquance chez les enfants avec un nombre important d’enfants de la rue sans encadrement et dont certains avaient manipulé des armes.

L’installation de ce tribunal pour enfants à Goma comme dans d’autres coins du pays, est la mise en œuvre de la loi No 09/001 portant protection de l’enfant promulgué en 2009 en République Démocratique du Congo. Les agents de protection se rejouissent de ce grand pas dans la justice.

Décembre 2011
Children's Voice

Children’s Voice, Goma, RDC - http://children-voice.org « Protéger l’enfant à tout prix »