07 juin 2008

Les ravages de la croyance dans la sorcellerie

Un petit garçon de 11 ans
vient d’échapper de justesse à la mort




La croyance à la sorcellerie demeure une réalité encrée dans la mentalité congolaise. Malheureusement, c’est toujours dans les quartiers les plus pauvres de la ville, dans des familles misérables et visant les enfants les plus vulnérables qu’on observe le plus grand nombre de cas.


Le quartier BUJOVU sur l’avenue Camp Butembo vient de connaître un cas d’accusation à la sorcellerie avec des actes d’intimidation et tortures graves. Ce quartier est situé à la périphérie de la ville de Goma, commune de KARISIMBI, sur la route de l’aéroport international de Goma.

Le matin du jeudi 15 mai 2008, sept enfants font l’objet des menaces par les habitants du quartier. À la hauteur de ces accusations, Balume, âgé de 11 ans et accueilli dans la classe de Niveau II au centre Bujovu de Children’s Voice (notre centre ouvert en septembre 2007), est présenté comme étant le chef de bande, celui qui contamine la sorcellerie aux autres enfants.

La veille, alors qu’il jouait avec sa copine Ester, Balume lui aurait dit qu’il était capable de ressusciter un cadavre par un petit bâton magique et qu’il avait le pouvoir d’amener quelqu’un d’autre dans le monde des ténèbres. Il aurait aussi demandé à Ester de devenir son disciple et précisé que son sang serait utilisé pour le renforcement de ses forces.

Ayant eu peur de ce discours, Ester est allé raconter l’histoire à sa mère. Le lendemain, sans avoir vérifié la véracité de l’information, la mère d’Ester se lève très tôt et menace de tuer Balume et de mettre le feu à la cabane de son grand père avec qui il habite, lui qui est orphelin de père et de mère. Il exige que l’enfant montre l’endroit ou il garde ses effets de la sorcellerie et qu’il jure de ne plus amener sa fille au monde des ténèbres.

Une foule se forme rapidement. Avec des bâtons et des pierres, elle menace le vieux grand père et son petit-fils en criant « À mort les sorciers et leurs complices ». Une femme du quartier affirme que déjà l’an passé un pasteur d’une église évangélique avait témoigné devant ses adeptes avoir eu des révélations (de Dieu) que l’enfant Balume était envoûté par la sorcellerie. Balume est arraché des bras de son grand père qui cherchait à le protéger pour être interrogé par la foule. Effrayé, le petit garçon avoue sa sorcellerie et dénonce six autres enfants comme ses disciples. Tous les enfants sont alors regroupés pendant que la foule menace d’incendier la maison et de lapider l’enfant s’ils confirment.

Le grand père terrorisé court vers le bureau du quartier pour crier au secours. La foule l’accompagne avec l’enfant. Malheureusement, au lieu de les protéger, l’huissier qui était présent prend alors un bâton pour taper l’enfant pour qu’il avoue combien de gens il avait déjà ensorcelé et mangé. La foule attendait dehors la décision finale pour en finir avec ce sorcier.

C’est finalement l’intervention du chef de quartier à ce moment-là qui a pu sauver le jeune garçon. Ayant participé à plusieurs ateliers de sensibilisation sur la protection des enfants dits sorciers, il est parvenu à calmer la foule, avec l’aide des agents de Children’s Voice qu’il avait fait prévenir.

Ce nouveau drame a amené les autorités locales à envisager des actions avec CV pour protéger l’enfant accusé et sa famille. Et des activités de sensibilisation auront lieu dans ce quartier les jours suivants pour éduquer la population.
Antoine Famba, Children’s Voice


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Children’s Voice, Goma, RDC - http://children-voice.org « Protéger l’enfant à tout prix »