24 avril 2008

Re-enrolements d’enfants soldats en RDC

Aux Kivu, le ré-enrôlement des enfants
serait-il un nouveau moyen d'obtenir des avantages ?



Depuis environ deux mois, des enfants sont recrutés sur plusieurs axes des deux provinces du Kivu. Au Nord comme au Sud-Kivu, on parle de centaines d’enfants.

La conférence sur la Paix et la Sécurité tenue du 6 au 23 janvier 2008 s’est conclue avec l’engagement des groupes armés de procéder à la libération inconditionnelle et immédiate de tous les enfants associés aux forces et groupes armés et de ne plus en recruter d’autres parce que cette pratique constitue un crime de guerre et un crime contre l’Humanité.

Après la dite conférence, les APE se sont mobilisés pour établir un plan de contingence pour accueillir un afflux possible d’enfants libérés des forces et groupes armés.

La libération à compte-gouttes des enfants qui a suivi la conférence a été le début des inquiétudes pour les agents de Protection de l’Enfance qui s’attendaient à plus que ça. Peu de temps après, on a observé que c’était les enfants déjà réinsérés dans les familles dans les zones insécurisées qui étaient menacés et de nouveau forcés au recrutement.

Dans les centres de transit et d’orientation (CTO) plusieurs enfants associés aux forces et groupes armés (EAFG) attendent toujours d’être réunifiés mais la persistance de l’insécurité dans ces deux provinces retarde ce travail.

Au Sud-Kivu, l’enrôlement est beaucoup plus visible dans la zone de Walungu, Mwenga et Shabunda. Au Nord-Kivu, les axes les plus concernés sont Bweremana-Minova, l’axe au bord du lac Kivu vers Walikale ; et dans le territoire de Rutshuru, surtout l’axe Nyamilima – Kiwanja.

Selon des informations, l’axe Nyamitwitwi à lui seul aurait plus de 300 enfants enrôlés avec un nouveau groupe Maï-Maï qui vient de prendre naissance et qui aurait comme chef le Colonel Complé. Des responsables des écoles primaires et secondaires de plusieurs localités ont confirmé des disparitions d’élèves depuis quelques semaines.

Pourtant, avec l’accalmie qui règne depuis les accords de la conférence, les groupes armés ne préparent pas de nouveaux combats. Ils ont tous adhéré au processus de brassage (intégration dans l’armée nationale) prévu dans le programme Amani (chargé de la mise en œuvre des accords de paix), et préparé par la Commission Technique Mixte Paix et Sécurité.


Pourquoi alors ce nouveau recrutement massif des enfants ?
Selon les analyses, les communautés qui auraient peur d’être dominées par des forces appartenant à des communautés adverses, seraient prédisposées à livrer leurs enfants pour être certaines d’avoir un groupe à elles.

Ceci expliquerait le cercle vicieux actuel des deux provinces : des enfants sont réinsérés ; les mêmes enfants, poussés ou enlevés, repartent dans la forêt chez les groupes armés, une semaine après ; seuls les plus faibles d’entre eux ne résistant pas aux conditions de vie sont rendus à la Monuc ; laquelle Monuc les remet encore une fois aux APE (Agences de protection de l’enfance) chargées de leur réinsertion dans leur famille ; familles ou communautés d’où ils sont encore une fois renvoyés ou enlevés pour servir les groupes armés.


Effets pervers sur le dos des enfants
Il se dit que certaines familles seraient motivées par le kit de réinsertion que les enfants ramènent après la démobilisation. Mais une raison beaucoup plus profonde serait l’intérêt que les groupes armés croient avoir à recruter des enfants pour renforcer leurs effectifs qu’ils jugent insuffisants pour profiter des avantages qu’ils attendent des accords de paix.

En effet, les accords de la conférence de la paix ont prévu que le crédit futur et les grades militaires futurs de leurs chefs lors du brassage dans l’armée seraient évalués en fonction des forces de chaque groupe, c’est-à-dire du nombre d’hommes de chaque commandement.

Les APE, encore une fois indignés par cette pratique, étudient de nouvelles stratégies pour faire face à ce nouveau défi. Elles lancent un cri d’alarme et font appel à la Commission Technique Mixte Paix et Sécurité pour dénoncer ce comportement qui expose de plus en plus les enfants et demandent de sanctionner et de dégrader ceux qui se retrouveraient avec les enfants dans leurs rangs.

Les APE implorent les communautés locales de ne pas livrer les enfants et demandent à leur chef de refuser toute manipulation des opportunistes qui utilisent les enfants pour leurs fins politiques.

Les APE envisagent des séances de sensibilisations communautaires, de plaidoyer ainsi que de stratégies pour réduire si pas mettre fin à cette pratique.
Children’s Voice

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