28 mars 2008

Visite de Parlementaires européens

Le Parlement européen réagit à l’ampleur des violences sexuelles dans les Kivu



Le Parlement européen (PE) a pris récemment une position très ferme pour dénoncer l’ampleur de la violence sexuelle et son utilisation comme une arme de guerre dans la région des Kivu (voir ci-dessous sa résolution du 17 janvier 2008). Une délégation de trois députés étant actuellement en visite en République Démocratique du Congo dans le but d’enquêter sur ce grave problème, il était intéressant de pouvoir les rencontrer. Nous leur sommes très reconnaissants d’être venus aujourd’hui à Goma pour en discuter avec les représentants de la Société civile, qui est la première concernée.

À leur arrivée ce vendredi 28 mars 2008, les parlementaires européens (Jurgen Schroder et Alain Hutchinson, Johan Van Hecke étant empêché) et six membres de leur délégation étaient accompagnés de l’Assistant technique des projets de l’Union Européenne dans l’Est de la RDC. Ils ont d’abord rencontré le Parlement provincial, puis ils se sont rendus à l’Hôtel Ihusi de Goma pour auditionner les représentants des huit Organisations Non Gouvernementales de la société civile congolaise des Droits de l’Homme œuvrant à l’Est de la RDC : ASSODIP DHO et Développement, Action Sociale pour la Promotion de la Démocratie (ASPD), Children’s Voice, Conseil Économique et Social (CES), CREDDHO, Dynamique des Femmes Juristes (DFJ), Grace, Pole Institute (dans l'ordre alphabétique).

Délégation du PE

Touchés en général par la situation des populations civiles à l’Est de la RDC, ces parlementaires ont expliqué qu’ils étaient particulièrement alarmés par l’utilisation des violences et des crimes sexuels comme des armes de déstabilisation et de guerre et qu’ils voulaient se rendre compte par eux-mêmes de l’évolution de la région.
Après la présentation de la délégation, chacune de nos organisations a été invitée à décrire son action et à en faire une évaluation en termes d’impact. Puis la consultation a été organisée autour de trois questions :
  1. Le fonctionnement de la justice
  2. Les activités économiques qui ne semblent pas attirer les investisseurs étrangers alors que la province présente beaucoup de potentialités.
  3. La conférence sur la paix au Kivu et ses différentes attentes


Un constat inquiétant


Après le tour de table, on retiendra de la discussion qu’il a été remarqué les faits suivants :

Les difficultés de la justice :
La justice est en panne. D’un côté, en interne, elle est paralysée par plusieurs aspects : la corruption, l’ignorance, l’ingérence de la hiérarchie, les anciennes pratiques, l’impunité des coupables, l’absence de poursuite des malfaiteurs.
De l’autre côté, on note le manque de confiance à la justice actuelle, l’absence de protection de victimes et des témoins, l’ignorance de droits de victimes.
Mais on remarque aussi une sorte de banalisation, de normalisation des violences sexuelles. C’est au point que ni les autorités (politiques, administratives, judiciaires), ni la population ne les voient plus comme des atrocités (aucune priorité pour les combattre). Par exemple : dans les prisons, il y a beaucoup de voleurs d’objets de petites valeurs et peu d’auteurs de violences sexuelles.

Concernant les activités économiques
L’insécurité et les anciennes pratiques datant d’après l’indépendance (intéressements, détournements, corruption), ne favorisent pas le développement économique.

Quant aux conséquences de la Conférence pour la paix
La gestion problématique de ses résolutions décourage de plus en plus l’espoir et les attentes. La population n’y voit plus grand-chose.


Recommandations


Les participants ont formulé deux recommandations :
  • Que la société civile européenne renforce les capacités de la société civile congolaise (spécialement celle Nord-Kivu) ;
  • Que le Parlement Européen plaide pour que la justice internationale vienne en aide à la justice congolaise.

Les parlementaires seront dans la région jusqu’à lundi puis quitteront le pays pour la réunion de leur parlement prévue la semaine prochaine.

Children’s Voice


_________
La résolution du PE du 17 janvier 2008
« Le Parlement Européen a adopté une résolution appelant la communauté internationale à prendre des mesures contre le développement de la violence sexuelle en République Démocratique du Congo (RDC), qui est décrite comme "la plus grave au monde". »
Résumé
Le texte complet (version provisoire : le texte définitif sera publié à la même adresse)

Mandat des parlementaires

Composition de la délégation du Parlement européen
  1. Jürgen SCHROEDER (PPE-DE, DE), Chef de délégation [PPE-DE signifie: Groupe du Parti populaire européen (Démocrates-chrétiens) et des Démocrates européens]
  2. Alain HUTCHINSON (PSE, BE) - [PSE = Groupe socialiste au Parlement européen]
  3. et Johan VAN HECKE (ADLE, BE) - [Groupe Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe] :

17 mars 2008

Une inspection de l’Unicef


Visite de l’UNICEF Kinshasa et Goma :
un tour d'horizon de notre action




Le 4 mars 2008 nous avons reçu la visite d’Anh Ly, responsable du projet OEV de l’Unicef Kinshasa, un programme dont Children’s Voice bénéficie pour la première fois pour le Centre Virunga sur une durée de six mois, du 1er novembre 2007 au 30 avril 2008.

Ahn Ly UnicefAnh Ly était accompagnée d’un collaborateur du Bureau de l’Unicef Goma qui nous connaît déjà très bien. Elle s’est intéressée à notre projet de protection et de maintien des enfants orphelins et vulnérables (OEV) dans les écoles, à notre programme AGR de soutien des familles d’accueil (Activités Génératrices de Revenus), et au fonctionnement de nos deux centres d’accueil, de Virunga et de Bujovu.

La visite de la délégation de l’Unicef fut une belle occasion de faire le point sur ces quatre axes de notre action. Elle a commencé par un entretien au bureau de CV et s’est poursuivie sur le terrain.


Présentation des mécanismes de protection
et de maintien des OEV dans les écoles

CV supervise 30 écoles primaires pour garantir la protection et le maintien des enfants vulnérables à l’école. Le temps étant court, c’est l’École Primaire Keshero qui a reçu notre délégation. Nous avons été accueillis par sa directrice, Bénédicte Masika, et par le président du Comité de Suivi de notre projet OEV qui en ont expliqué l’organisation et les avantages à nos visiteurs.

En RDC, la scolarité n’étant pas obligatoire et tous les enfants devant payer les frais scolaires, les OEV sont généralement chassés des écoles car personne ne peut payer pour eux. Dans son programme appuyé par l’Unicef, CV a fait des plaidoyers, de la sensibilisation, de la formation, et a développé des mécanismes de prise en charge, de protection et de maintien de ces enfants dans 30 écoles de Goma et des villages environnant.

En 2007, grâce à cela, 3 150 enfants OEV ont été maintenus dans ces 30 écoles, et 300 parmi eux, les plus vulnérables, ont reçu des uniformes, des souliers et des kits scolaires. Pour les épauler, les écoles participantes ont reçu des kits enseignants (ce dont l’enseignant a besoin pour faire son travail : craieS, registreS, cahiers, bics). L’un des succès intéressant de ce programme est de voir l’acceptation, l’implication et les sacrifices des autorités de ces écoles en faveur de ces OEV. Alors qu’ils sont payés par le paiement des enfants, ils font le sacrifice de leur cotisation, donnent en plus des cahiers aux OEV, et prennent le temps d’aller visiter les familles de ces enfants en cas de difficulté scolaires.




Visite du Centre Virunga

Don UnicefSe rendant ensuite au Centre Virunga, Anh Ly a découvert le nouveau bâtiment financé grâce au programme de l’Unicef. Elle a fait ensuite le tour des locaux et rencontré les enfants de nos classes de maternelle et du programme de réinsertion scolaire. Le nombre de salles étant encore insuffisant, elles sont saturées avec plus de 65 enfants.
Ce fut ensuite la présentation de nos deux ateliers, celui des 45 adolescentes en formation de coupe couture, et celui des jeunes en formation de menuiserie avec leur production de meubles déjà fabriqués.


Le programme AGR
Son but est de garantir un minimum de revenus supplémentaires aux familles d’accueil ou aux parents survivants des enfants orphelins ou vulnérables (OEV). Ces familles généreuses qui acceptent de s’occuper des enfants victimes que nous leur confions doivent pouvoir les élever sans peine supplémentaire. En plus de notre encadrement, nous les aidons à trouver des Activités Génératrices de Revenus (AGR).

Créé fin 2006, le programme AGR de Children’s Voice encadre 100 familles qui prennent en charge un total de 300 OEV. Les bénéficiaires (toutes des femmes), sont organisées en groupes de solidarité. Nos visiteurs sont allés à la rencontre de deux de nos familles.

1) Madame Cibalonza nous a reçus chez elle, dans sa maison du quartier de Majengo/Bugiti.

Madame CibalonzaElle adhère au programme depuis 14 mois. Veuve, elle vit avec ses cinq enfants dont quatre étudient au centre Virunga. Une fille de 7 ans reste à la maison bien qu’elle ait atteint l’âge scolaire (6 ans).

Comme activité, Cibalonza vend, au détail, la farine de manioc dans son quartier. Ce petit commerce l’aide à nourrir ses enfants et lui permet de payer les soins médicaux à celle qui ne va pas à l’école. Les soins des quatre autres sont assurés par le centre CV Virunga ou ils étudient. Elle est satisfaite de son petit commerce. (Ici au 5e rang de gauche à droite)


2) Notre seconde visite a été pour Joséphine, que nous sommes allés voir au petit marché du quartier Katoyi, en pleine activité (à gauche sur la photo, un foulard sur la tête).

JosephineElle aussi est veuve mais ses enfants sont au nombre de neuf. Quatre seulement sont encadrés par le centre CV Virunga : l’aînée de 15 ans qui suit la formation professionnelle en coupe couture, et trois de ses frères et sœurs suivent le programme de réinsertion scolaire du centre. Les cinq autres enfants n’étudient pas car elle n’a pas assez d’argent pour les scolariser et CV ne peut pas les prendre aussi en charge, faute de places suffisantes, nos centres étant pour le moment limités en salles.

Son activité AGR est la vente de petits poissons du lac Kivu, ce qui lui permet de nourrir ses enfants. Elle aussi est contente de son petit commerce.



Visite du Centre Bujovu
La dernière étape de la visite a été le Centre CV de Bujovu. Bujovu est un quartier très pauvre dont 95 % de sa population est analphabète. Les enfants ont accueilli leurs visiteurs par des chants.

Au Centre BujovuCe centre qui n’est pas encore reçu de financement, fonctionne sur le don de l’Association Française Janusz Korczak (AFJK), à Paris.

Il accueille 150 enfants de 10 à 17 ans dont 75 % d’entre eux (112 enfants) n’ont jamais été à l’école, les autres ayant abandonné en 1re ou 2e classe primaire il y a plusieurs années. Ces enfants reçoivent une formation accélérée d’alphabétisation, les notions essentielles d’hygiène, de morale et de culture générale. Les plus jeunes bénéficieront bientôt d’un programme de réinsertion scolaire.

En plus, depuis bientôt un mois, ce centre accueille la formation de 120 femmes et jeunes filles très courageuses qui viennent suivre des cours d’alphabétisation. Elles se prennent en charge en cotisant chacune 100 FC par semaine (soit 0,2 USD ou 15 cts d’Euros en Francs Congolais) pour payer l’instituteur. Le centre offre les salles, la craie et la documentation.




Éducation communautaire

Une réunion à la direction du centre Bujovu a clôturé la visite. On y a évoqué l’activité des deux comités de parents et familles d’accueil créés autour des centres de Bujovu et Virunga pour responsabiliser les communautés sur la prise en charge des OEV et faciliter l’éducation communautaire.

Au moment de partir, Anh Ly nous a dit qu’elle a été impressionnée par notre façon d’impliquer toute la communauté dans la prise en charge des OEV.

Ce réseau communautaire d’accueil et de prise en charge des problèmes soulevés par les enfants vulnérables, implanté dans les quartiers, dans les écoles et dans nos centres d’accueil, est le fruit de notre expérience d’ONG de la société civile, et d’un long effort persévérant et partagé. La liste est longue :
  • Au départ, il y a eu le don d’un terrain (centre Virunga) par l’Évêque de l’Église catholique du Nord-Kivu, puis un autre (centre Bujovu) donné par le Maire de la ville de Goma, et un troisième à Keshero (pour le troisième centre en projet en 2008) donné par le gouverneur de la province du Nord-Kivu.
  • Les commerçants de la ville (construction du mur du centre refuge de Virunga en 2006)
  • Les professionnels qui encadrent les enfants bénévolement (avec seulement une indemnité trop faible) dans les deux centres
  • Les autorités de base (les chefs de quartier et d’avenue) qui font l’identification des OEV dans leur quartier et participent à des réunions de sensibilisation communautaire
  • Les deux comités de parents et familles d’accueil aux centres Virunga et Bujovu
  • Les 30 écoles de la place qui ont adhéré à la prise en charge des OEV avec des mécanismes de protection et de maintien des OEV dans leurs écoles,
  • Les ONG locales, internationales et les agences onusiennes pour appuyer différentes activités des OEV,
  • Les hôpitaux de la place comme celui de Heal Africa (anciennement DOCS) dans la prise en charge gratuite des OEV pour les cas dépassant les capacités de l’infirmerie du centre Virunga.

La réussite de notre action pour aider, protéger et défendre les droits des enfants (nous avons aussi une section juridique), dans l’esprit de la CDE (Convention internationale des droits de l’enfant), et cette forte implantation communautaire qui fait notre force aujourd’hui, nous la devons à la participation de toutes ces personnes.

Grâce à eux et à toute notre équipe qui s’y est investie et a travaillé fort en donnant beaucoup de sacrifices en faveur des OEV, l’action de Children’s Voice bénéficie aujourd’hui directement à 900 enfants des quatre ou cinq quartiers les plus pauvres de Goma qui en compte 20, et des milliers d’autres en profitent aussi grâce aux enseignants.

Le message de félicitations que nous a envoyé Anh après son retour à Kinshasa est un encouragement pour toute notre équipe. Nous remercions vivement l’Unicef Goma et Kinshasa pour leur support et pour cette visite qui a permis cette rencontre sur le terrain.

Children’s Voice



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Children’s Voice, Goma, RDC - http://children-voice.org « Protéger l’enfant à tout prix »