03 novembre 2008

Children's Voice a rouvert ses centres à Goma

Réouverture des deux centres refuges
de Children’s Voice à Goma



Rappel
L’arrivée des troupes rebelles aux portes de la ville le lundi 27 et le repli de l’armée ont provoqué un vent de panique, et tous ceux qui l’ont pu ont prudemment fermé leurs maisons et fui avec leurs familles. Malgré le cessez-le-feu du côté des rebelles du CNDP de Laurent Nkunda, les trois jours qui ont suivis ont été marqués par les nombreuses exactions des éléments incontrôlés [cf. FIDH].


Le centre-ville de Goma vu du quartier de Bujovu
Nous avons rouvert aujourd’hui nos deux centres refuges à Goma avec l’équipe au grand complet (31 personnes plus 20 bénévoles). Après une semaine de fermeture à cause des menaces de guerre et des violences en ville, presque tous les enfants sont revenus. Il n’en manquait qu’une dizaine sur les 630 inscrits dans les classes de soutien scolaire ou de formation professionnelle. Pour eux tous, comme pour nous, ce fut une journée de retrouvailles et de réconfort.

Partout on commence l’inventaire des pertes et des dégâts. Un des membres de notre équipe, très choqué, a perdu son frère et la famille de celui-ci, qui ont été massacrés dans leur maison, à Goma, la nuit de mercredi (le 29/11/2008), par un groupe d’hommes armés. Ils ont tué tout le monde : sept personnes, femme et enfants compris dont un bébé de six mois. Une 8e victime est encore a l’hôpital. Notre collègue a quand même tenu à venir travailler. On ne connaît pas le motif du massacre, ni les coupables.

C’est maintenant la Monuc et la Police qui assurent ensemble la sécurité. La Garde nationale et l’armée (FARDC) auraient été priées de rester en dehors de la ville. Il y a des chars de la Monuc à chaque carrefour. Un couvre-feu a été décrété de 23h à 5h. La vie commence à reprendre petit à petit. La situation tend au calme mais avec le blocage des négociations, le climat devient encore tendu et la peur est toujours présente. Les nouveaux réfugiés ont commencé à retourner chez eux en profitant d’un couloir humanitaire mis en place sur l’axe Goma-Rutshuru, et les ONG ont entrepris le recensement des besoins de ceux qui restent ou qui ne peuvent pas rentrer dans leurs villages.

Nous avons hâte que le calme revienne pour réorganiser l’action de la Commission régionale de la Protection de l’Enfance avec les APE (Agences de protection de l’enfance) pour assurer l’aide d’urgence aux très nombreuses familles dispersées (dans la fuite et dans la foule, sur les routes et dans les champs, les enfants se perdent facilement).

Aujourd’hui, nous n’avons pu avoir qu’une demi-heure de connexion Internet, juste le temps de voir que la boite E-mail de CV est remplie des messages de solidarité de nombreux correspondants de nombreux pays. Un très grand merci à tous pour votre soutien.

Children’s Voice, par téléphone



- Liens


La zone de conflit

01 novembre 2008

Première réunion dans Goma désertée

Première réunion de l’équipe de CV
dans la ville encore désertée



Rappel
La situation s'est dramatiquement aggravée depuis le 27 octobre. La ville de Goma a été désertée par sa population paniquée, abandonnée sans protection et livrée aux exactions d'éléments armés incontrôlés (pillages, meurtres, viols). Les routes sont encombrées par des dizaines de milliers de réfugiés des alentours. La population de Goma est estimée à 600 000 habitants. Malheureusement, la Monuc ne dispose sur place que de 800 hommes, sur les 17 000 de son contingent en RDC.


Carte de la région
Première réunion en urgence des responsables de Children’s Voice depuis le début de la semaine. Il fallait voir comment gérer la crise à Goma, et s’enquérir de la situation de 630 enfants des deux centres dont nous sommes sans nouvelles depuis les événements et qui sont sûrement en difficulté, sans oublier la situation des familles d’accueil. Dans la fuite, les enfants se sont éparpillés et ils ont pu se perdre où rester sans manger. Pour leur venir en aide, une équipe d’agents sociaux a été chargée de sillonner les quartiers et les alentours de la ville pour retrouver les enfants égarés et les ramener dans leurs familles.

Nous espérons que les enfants pourront revenir lundi et que nous pourrons rouvrir les deux centres refuges de Virunga et de Bujovu fermés en urgence au début de la semaine.

On constate que la ville est encore en partie désertée, chacun tentant d’abord de revenir évaluer les dégâts après les pillages. La situation semble redevenue calme et la sécurité semble assurée par les patrouilles de la Garde nationale envoyée en renfort et de la Monuc en ville.

Toute l’activité de Children’s Voice était paralysée depuis ce lundi 27 octobre. La peur avait envahi la ville, les personnels des ONG internationales et tous ceux qui le pouvaient se sont réfugiés au Rwanda voisin, à Bukavu et ailleurs.

Children’s Voice, par téléphone


- Liens

05 juillet 2008

Campagne nationale zero enfants-soldats

RDC : Lancement d’une campagne nationale
« Zéro enfant-soldat »


Une campagne « Zéro enfant associé aux forces et groupes armés » a été lancée ce samedi 21 juin 2008 à l’hôtel Karibu par l’Unité d’exécution du Programme National de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (UEPN-DDR), en présence d’enfants qui portaient sur leurs tee-shirts le message suivant : « Un stylo et un cahier aux enfants et non une arme ».


Enfants-soldats africains
L’Unicef, la Monuc, la Banque Mondiale, les Agents de protection de l’enfance, la Société Civile et les groupes armés ont participé à cette manifestation.

Cette campagne de sensibilisation est destinée à sortir tous les enfants de forces et groupes armés disséminés dans le pays. Lancée à l’occasion de la Journée de l’enfant africain, elle vise à « ce qu’il n’y ait plus aucun enfant-soldat à la fin 2008 », comme l’a affirmé son initiateur, Alphonse Tumba Luaba, le directeur du PNDDR.

« Près de 30 000 enfants ont été sortis des groupes armés en RDC depuis 2001, dans ce pays ravagé par deux guerres successives (1996-97 et 1998-2003) et dont les régions de l’est sont encore le théâtre d’affrontements réguliers entre l’armée nationale et des milices locales et étrangères », a-t-il rappelé.

Tumba Luaba estime entre 3 000 et 6 000 le nombre d’enfants encore présents dans les différents groupes armés. « Nous disons stop aux saccageurs, aux violeurs d’enfants », a-t-il ajouté, rappelant que la conscription d’enfants de moins de 15 ans et leur utilisation dans des conflits constituaient un crime de guerre et un crime contre l’Humanité.

« Mais, soyons lucides. Cet objectif ne sera pas atteint tant qu’il y aura des groupes armés. C’est pourquoi, nous allons travailler avec le programme Amani (nom du processus de paix en cours dans l’Est de la RDC) pour inciter tous les groupes armés congolais à libérer immédiatement les enfants et à cesser tout recrutement ».

En janvier 2008, à l’issue de la conférence sur la paix et la sécurité tenue à Goma, au Nord-Kivu, les groupes armés congolais des provinces des Nord et Sud-Kivu avaient signé un acte d’engagement en faveur de la paix et un cessez-le-feu immédiat. Ces accords prévoyaient notamment l’arrêt de tout recrutement et la libération immédiate des enfants se trouvant dans leurs rangs.

La Monuc et l’Unicef, ont appelé une nouvelle fois « tous les signataires de ces processus de paix à respecter leurs engagements ».

Il semble que ce soit la troisième fois que la RDC s’engage dans une telle campagne pour démobilisation et la réinsertion des enfants associés aux forces et groupés armés (voir les deux communiqués de presse de Human Rights Watch du 5 juin 2001, et d’Amnesty International du 11 octobre 2006).
Children’s Voice, le 23 juin 208


- Liens

07 juin 2008

Les ravages de la croyance dans la sorcellerie

Un petit garçon de 11 ans
vient d’échapper de justesse à la mort




La croyance à la sorcellerie demeure une réalité encrée dans la mentalité congolaise. Malheureusement, c’est toujours dans les quartiers les plus pauvres de la ville, dans des familles misérables et visant les enfants les plus vulnérables qu’on observe le plus grand nombre de cas.


Le quartier BUJOVU sur l’avenue Camp Butembo vient de connaître un cas d’accusation à la sorcellerie avec des actes d’intimidation et tortures graves. Ce quartier est situé à la périphérie de la ville de Goma, commune de KARISIMBI, sur la route de l’aéroport international de Goma.

Le matin du jeudi 15 mai 2008, sept enfants font l’objet des menaces par les habitants du quartier. À la hauteur de ces accusations, Balume, âgé de 11 ans et accueilli dans la classe de Niveau II au centre Bujovu de Children’s Voice (notre centre ouvert en septembre 2007), est présenté comme étant le chef de bande, celui qui contamine la sorcellerie aux autres enfants.

La veille, alors qu’il jouait avec sa copine Ester, Balume lui aurait dit qu’il était capable de ressusciter un cadavre par un petit bâton magique et qu’il avait le pouvoir d’amener quelqu’un d’autre dans le monde des ténèbres. Il aurait aussi demandé à Ester de devenir son disciple et précisé que son sang serait utilisé pour le renforcement de ses forces.

Ayant eu peur de ce discours, Ester est allé raconter l’histoire à sa mère. Le lendemain, sans avoir vérifié la véracité de l’information, la mère d’Ester se lève très tôt et menace de tuer Balume et de mettre le feu à la cabane de son grand père avec qui il habite, lui qui est orphelin de père et de mère. Il exige que l’enfant montre l’endroit ou il garde ses effets de la sorcellerie et qu’il jure de ne plus amener sa fille au monde des ténèbres.

Une foule se forme rapidement. Avec des bâtons et des pierres, elle menace le vieux grand père et son petit-fils en criant « À mort les sorciers et leurs complices ». Une femme du quartier affirme que déjà l’an passé un pasteur d’une église évangélique avait témoigné devant ses adeptes avoir eu des révélations (de Dieu) que l’enfant Balume était envoûté par la sorcellerie. Balume est arraché des bras de son grand père qui cherchait à le protéger pour être interrogé par la foule. Effrayé, le petit garçon avoue sa sorcellerie et dénonce six autres enfants comme ses disciples. Tous les enfants sont alors regroupés pendant que la foule menace d’incendier la maison et de lapider l’enfant s’ils confirment.

Le grand père terrorisé court vers le bureau du quartier pour crier au secours. La foule l’accompagne avec l’enfant. Malheureusement, au lieu de les protéger, l’huissier qui était présent prend alors un bâton pour taper l’enfant pour qu’il avoue combien de gens il avait déjà ensorcelé et mangé. La foule attendait dehors la décision finale pour en finir avec ce sorcier.

C’est finalement l’intervention du chef de quartier à ce moment-là qui a pu sauver le jeune garçon. Ayant participé à plusieurs ateliers de sensibilisation sur la protection des enfants dits sorciers, il est parvenu à calmer la foule, avec l’aide des agents de Children’s Voice qu’il avait fait prévenir.

Ce nouveau drame a amené les autorités locales à envisager des actions avec CV pour protéger l’enfant accusé et sa famille. Et des activités de sensibilisation auront lieu dans ce quartier les jours suivants pour éduquer la population.
Antoine Famba, Children’s Voice


- Autres articles en rapport
• Voir dans le menu du blog, l’item « Enfants sorciers » regroupant les articles sur ce thème

03 mai 2008

Réinsertion des premiers jeunes de Virunga

Soixante adolescents sortent formés de Virunga



Le Centre Virunga remet ce jour à la communauté 60 adolescents qui viennent de finir leur formation en métier (menuiserie et couture) pour une réinsertion professionnelle.

Le Comité des parents et l’équipe de CVC’est un événement pour la population du quartier pauvre de Virunga à Goma où est implanté notre centre premier d’accueil ouvert en 2006. Une première session de formation s’est achevée au bout de six mois et nous sommes heureux de rendre maintenant à leur communauté qui nous les avait confiés ces enfants convenablement formés à un petit métier qui doit leur permettre de se débrouiller de façon autonome.

Pour préparer le retour des jeunes dans leur quartier, nous avons organisé le samedi 26 avril une journée de travail avec les autorités de base (chefs de quartier et d’avenue), le Comité des parents et des familles d’accueil de ces jeunes et l’équipe de CV sur le thème « Comment garantir la réinsertion communautaire des jeunes dans leur vie professionnelle ? ». L’enjeu était d’obtenir l’implication de la communauté pour ce qui concerne la sécurité et l’installation des jeunes dans leur nouvelle profession.

Ouverture de la journée de rencontreLa réunion a été très productive. C’était magnifique de voir la bonne volonté des adultes et leurs soucis de faire le mieux qu’ils pourraient pour réussir cette étape suivante de la réinsertion de leurs jeunes.

La discussion générale a permis de convenir que les 60 bénéficiaires seront regroupés en sept groupes de solidarité qu’il faudrait installer dans les quartiers en atelier et organiser. Il faudra ensuite les appuyer avec un kit de démarrage, sécuriser leur matériel, assurer un accompagnement et un suivi et renforcer au besoin leur capacité, et les aider à trouver des débouchés. Après un travail en groupe par quartier, la réunion s’est terminée par l’accord suivant :

DiscussionLa communauté s’est engagée à donner des lieux dans les quartiers pour installer les ateliers, à sécuriser les installations et le matériel, à soutenir les jeunes dans leur nouveau travail, et enfin à les aider à trouver des clients et des débouchés pour écouler leurs produits.

Children’s Voice s’est engagée de son côté à construire les ateliers de travail, à équiper les jeunes avec un kit de démarrage, à leur rendre visite et à les réunir régulièrement en groupes pour assurer leur suivi et accompagnement. Au besoin, nous pourrons aussi renforcer leur capacité au moment ou cela s’avérera nécessaire.

Les deux parties se réuniront de temps en temps pour un échange sur le suivi de cet accord. Les photos de cette intéressante journée seront un bon souvenir pour tous.
Children’s Voice,
(Par e-mail du 28-04-2008)


- L’album photo sur Picasa



- Autres articles en rapport

30 avril 2008

Appel de dons pour le centre Bujovu

Appel de dons pour la sécurisation
du centre de Bujovu à Goma
Imprimer cette page [PDF, 2 p.]


Nous lançons une campagne de don pour l’aménagement de notre second centre d’accueil des orphelins et enfants vulnérables.

Dans le contexte difficile de la crise du Nord-Kivu, grâce à une forte mobilisation de la société civile de la ville de Goma et à la persévérance de ses membres, Children’s Voice a déjà pu ouvrir et faire fonctionner dans l’urgence deux centres pour les enfants des quartiers les plus pauvres de la ville de Goma : celui de Virunga, ouvert fin 2006 sur un terrain donné par l’Évêque du Diocèse de Goma, où nous encadrons 350 orphelins et enfants vulnérables, et celui de Bujovu ouvert fin 2007 qui en accueille 200 autres sur un terrain donné par le Maire de la ville de Goma. Un troisième terrain offert par le Gouverneur de la Province du Nord-Kivu permettra d’étudier un nouveau projet.

Dans nos deux centres, les enfants sont désormais encadrés par une équipe d’une quinzaine de professionnels qui leur apportent une assistance psychosociale et sanitaire, assurent la réinsertion scolaire des enfants les plus jeunes et donnent une formation professionnelle aux plus grands. En plus de l’accueil de ces 550 enfants, notre programme d’alphabétisation accueille et forme 400 jeunes filles et femmes et notre action communautaire.

Les besoins pour récupérer, encadrer et éduquer ces enfants sont énormes, et bien que l’action reconnue de Children’s Voice soit heureusement de plus en plus soutenue par divers programmes des ONG internationales de la place, nous devons compter sur nos propres ressources. Et actuellement, la première de nos priorités est la sécurisation du centre Bujovu. Deux salles de classe, un bureau et quatre latrines ont été construits avec l’aide de la Monuc mais le centre n’est pas clôturé, ce qui expose les enfants et rend difficile leur surveillance et leur protection. C’est pourquoi nous sollicitons votre contribution pour la construction du mur d’enceinte (cf. devis en annexe).

Toute participation quelle qu’elle soit sera hautement appréciée. Les dons en nature (sacs de ciment) peuvent être déposés au bureau de Children’s Voice ou enlevés par nos soins. Les dons financiers peuvent être versés directement par virement sur notre compte bancaire, en espèces par Western Union. Merci de préciser « Pour CV — Centre Bujovu ».

La liste de tous les contributeurs sera publiée, sauf en cas de volonté contraire pour un don anonyme, et la construction du mur sera suivie en direct sur le site.

Children’s Voice




Information

Articles

Photos


Pour information, en 2006, une campagne similaire avait permis de construire de mur de clôture du centre Virunga. Le résultat avait été exemplaire avec les contributions en nature (sacs de ciment) ou financière de nombreux commerçants de la ville Goma, de partenaires et de simples citoyens même à l’étranger.

24 avril 2008

Re-enrolements d’enfants soldats en RDC

Aux Kivu, le ré-enrôlement des enfants
serait-il un nouveau moyen d'obtenir des avantages ?



Depuis environ deux mois, des enfants sont recrutés sur plusieurs axes des deux provinces du Kivu. Au Nord comme au Sud-Kivu, on parle de centaines d’enfants.

La conférence sur la Paix et la Sécurité tenue du 6 au 23 janvier 2008 s’est conclue avec l’engagement des groupes armés de procéder à la libération inconditionnelle et immédiate de tous les enfants associés aux forces et groupes armés et de ne plus en recruter d’autres parce que cette pratique constitue un crime de guerre et un crime contre l’Humanité.

Après la dite conférence, les APE se sont mobilisés pour établir un plan de contingence pour accueillir un afflux possible d’enfants libérés des forces et groupes armés.

La libération à compte-gouttes des enfants qui a suivi la conférence a été le début des inquiétudes pour les agents de Protection de l’Enfance qui s’attendaient à plus que ça. Peu de temps après, on a observé que c’était les enfants déjà réinsérés dans les familles dans les zones insécurisées qui étaient menacés et de nouveau forcés au recrutement.

Dans les centres de transit et d’orientation (CTO) plusieurs enfants associés aux forces et groupes armés (EAFG) attendent toujours d’être réunifiés mais la persistance de l’insécurité dans ces deux provinces retarde ce travail.

Au Sud-Kivu, l’enrôlement est beaucoup plus visible dans la zone de Walungu, Mwenga et Shabunda. Au Nord-Kivu, les axes les plus concernés sont Bweremana-Minova, l’axe au bord du lac Kivu vers Walikale ; et dans le territoire de Rutshuru, surtout l’axe Nyamilima – Kiwanja.

Selon des informations, l’axe Nyamitwitwi à lui seul aurait plus de 300 enfants enrôlés avec un nouveau groupe Maï-Maï qui vient de prendre naissance et qui aurait comme chef le Colonel Complé. Des responsables des écoles primaires et secondaires de plusieurs localités ont confirmé des disparitions d’élèves depuis quelques semaines.

Pourtant, avec l’accalmie qui règne depuis les accords de la conférence, les groupes armés ne préparent pas de nouveaux combats. Ils ont tous adhéré au processus de brassage (intégration dans l’armée nationale) prévu dans le programme Amani (chargé de la mise en œuvre des accords de paix), et préparé par la Commission Technique Mixte Paix et Sécurité.


Pourquoi alors ce nouveau recrutement massif des enfants ?
Selon les analyses, les communautés qui auraient peur d’être dominées par des forces appartenant à des communautés adverses, seraient prédisposées à livrer leurs enfants pour être certaines d’avoir un groupe à elles.

Ceci expliquerait le cercle vicieux actuel des deux provinces : des enfants sont réinsérés ; les mêmes enfants, poussés ou enlevés, repartent dans la forêt chez les groupes armés, une semaine après ; seuls les plus faibles d’entre eux ne résistant pas aux conditions de vie sont rendus à la Monuc ; laquelle Monuc les remet encore une fois aux APE (Agences de protection de l’enfance) chargées de leur réinsertion dans leur famille ; familles ou communautés d’où ils sont encore une fois renvoyés ou enlevés pour servir les groupes armés.


Effets pervers sur le dos des enfants
Il se dit que certaines familles seraient motivées par le kit de réinsertion que les enfants ramènent après la démobilisation. Mais une raison beaucoup plus profonde serait l’intérêt que les groupes armés croient avoir à recruter des enfants pour renforcer leurs effectifs qu’ils jugent insuffisants pour profiter des avantages qu’ils attendent des accords de paix.

En effet, les accords de la conférence de la paix ont prévu que le crédit futur et les grades militaires futurs de leurs chefs lors du brassage dans l’armée seraient évalués en fonction des forces de chaque groupe, c’est-à-dire du nombre d’hommes de chaque commandement.

Les APE, encore une fois indignés par cette pratique, étudient de nouvelles stratégies pour faire face à ce nouveau défi. Elles lancent un cri d’alarme et font appel à la Commission Technique Mixte Paix et Sécurité pour dénoncer ce comportement qui expose de plus en plus les enfants et demandent de sanctionner et de dégrader ceux qui se retrouveraient avec les enfants dans leurs rangs.

Les APE implorent les communautés locales de ne pas livrer les enfants et demandent à leur chef de refuser toute manipulation des opportunistes qui utilisent les enfants pour leurs fins politiques.

Les APE envisagent des séances de sensibilisations communautaires, de plaidoyer ainsi que de stratégies pour réduire si pas mettre fin à cette pratique.
Children’s Voice

23 avril 2008

Une forte initiative des ONG pour la RDCongo

RD Congo : Il faut mettre fin aux effroyables souffrances à l’Est du Congo
Imprimer le texte [PDF 148 Ko, 4 p.]
English release [PDF 124 Ko, 3 p.]




Communiqué de presse : 63 ONG demandent la nomination d’un Conseiller spécial indépendant pour la défense des Droits humains, qui restent jusqu’à présent les grands oubliés des négociations en cours.


Londres, le 23 avril 2008

Le gouvernement de la République, les groupes armés et les parties internationales à l’accord de paix de Goma devraient de toute urgence appliquer l’accord et mettre fin aux effroyables souffrances endurées par des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants victimes de violences brutales et de maladies mortelles dans l’Est du Congo, ont déclaré aujourd’hui dans un communiqué commun 63 organisations internationales et congolaises humanitaires et de défense des droits humains.

Ces organisations non gouvernementales recommandent vivement aux Nations Unies et aux acteurs internationaux qui ont aidé à négocier l’accord de Goma de nommer un conseiller spécial indépendant de haut niveau sur les droits humains pour l’Est du Congo afin de concentrer son attention sur la protection des civils en danger, en particulier les femmes et les filles exposées aux violences sexuelles, et de garantir des actions en ce sens. Elles ont également demandé aux acteurs internationaux tels que l’Union Africaine, l’Union européenne et les États-Unis d’appuyer cette nomination tant sur le plan politique que financier.

« Des centaines de milliers de victimes se sont raccrochées à l’espoir que l’accord de paix mettrait fin à leur souffrance. Malheureusement, aucun progrès significatif n’a été opéré du point de vue des engagements en matière de droits humains », a déploré Anneke Van Woudenberg, chercheuse principale sur la RDC à Human Rights Watch. « Nous recommandons vivement la nomination immédiate d’un conseiller spécial indépendant sur les droits humains qui serait chargé d’aider les parties à honorer leurs engagements en matière de droits humains et de faire entendre la voix des victimes qui souffrent en silence. »


Rappel
Le 23 janvier dernier, après des semaines de pourparlers, le gouvernement congolais a signé un accord de paix à Goma, dans le Nord-Kivu, avec 22 groupes armés, engageant toutes les parties à un cessez-le-feu immédiat ainsi qu’au désengagement des forces présentes sur le front. Pourtant, depuis la signature de l’accord, des dizaines de civils ont été tués, des centaines de femmes et de filles violées et un nombre encore plus important d’enfants recrutés au sein des forces armées, ajoutant ainsi au nombre extraordinairement élevé de civils déjà victimes de ces mêmes crimes au cours des dix dernières années.

Selon les estimations, les provinces du Nord et du Sud-Kivu compteraient 1,1 million de personnes déplacées, dont 555 000 qui ont fui les combats depuis 2007. La malnutrition, le choléra, la malaria et autres maladies évitables sèment la mort parmi ces déplacés à un rythme inquiétant.

« Il s’agit d’une catastrophe humanitaire d’une énorme ampleur. Elle requiert une action urgente et concrète de toutes les parties à l’accord ainsi que de la communauté internationale », a déclaré Colin Thomas-Jensen, conseiller politique de ENOUGH, un projet visant à mettre un terme au génocide et aux crimes contre l’humanité. « Obtenir la signature d’un accord par les parties a constitué un premier pas important mais aujourd’hui, nous devons passer à l’étape suivante et aider les gens à rentrer chez eux tranquillement, en toute sécurité. »


Investir dans les droits humains est indispensable pour la paix
Les agences humanitaires se heurtent toujours à des difficultés pour accéder aux civils en danger et les défenseurs des droits humains qui ont exprimé leur inquiétude face aux exactions sont victimes de menaces et de harcèlement. Les groupes armés ainsi que les militaires congolais continuent à exploiter illégalement les ressources naturelles et à se servir des profits engrangés pour alimenter le conflit.

Les envoyés spéciaux de l’Union Africaine, de l’Union européenne, des États-Unis, des Nations Unies et de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs ont joué un rôle crucial dans la négociation de l’accord de Goma. Ils ont accepté de continuer à jouer un rôle actif dans le contrôle et la mise en œuvre de ses dispositions.

Aux termes de l’accord, les parties se sont engagées à respecter le droit international humanitaire et des droits humains, notamment à mettre un terme à tous les actes de violence à l’égard des civils, à mettre fin au recrutement d’enfants soldats, à assurer la libération des prisonniers politiques et à autoriser le passage des agences humanitaires.

La semaine dernière, Human Rights Watch a présenté des recommandations détaillées à M. l’Abbé Apollinaire Malu Malu, le coordinateur national indépendant nommé par le gouvernement congolais pour diriger les efforts de paix, ainsi qu’aux représentants de la communauté internationale, sur les possibilités de nommer un conseiller spécial indépendant sur les droits humains pour l’Est du Congo. L’organisation a exhorté M. l’Abbé Malu Malu à mettre en œuvre cette nomination, soulignant que puisque les préoccupations en matière de droits humains se retrouvaient au cœur du conflit, l’absence de réponse à ces questions pourrait conduire à l’échec du processus de paix.

Selon les options proposées, le conseiller spécial pourrait être nommé soit par les signataires de l’accord de Goma, soit par le Secrétaire général des Nations Unies, soit par les facilitateurs internationaux de l’accord.
Juliette Prodhan, responsable d’Oxfam en RDC, a relevé que « Sans la nomination d’un conseiller spécial sur les droits humains, il sera beaucoup plus difficile d’exiger des comptes des parties pout toute violation de l’accord de paix. Dans l’intérêt du peuple congolais et de toute la région des Grands Lacs, cet investissement dans les droits humains est nécessaire pour contribuer à prévenir le retour d’un conflit qui a déjà causé la perte de tant de vies humaines. »



Pour de plus amples informations, veuillez contacter :
  • Pour Human Rights Watch : Anneke Van Woudenberg à Londres au +44 20 7713 2786 ou +44 7711 664960 (anglais, français)
  • Pour Oxfam : Rebecca Wynn à Oxford au +44 1865 472530 ou +44 7769 887139 (anglais)
  • Pour CRONGD-North Kivu : Kubuya Muhangi à Goma au +243 (0) 99 861 0651 (français, swahili)
  • For Centre Olame (South Kivu) : Mathilde Muhindo, in Bukavu on +243 998755223 (français, swahili)
  • Pour Enough : Colin Thomas-Jensen à Washington au +1 202 682 6136 (anglais)
  • Pour Global Witness : Carina Tertsakian à Londres au +44 207 561 6372 (anglais, français)
  • Pour International Rescue Committee : Lydia Gomersall à Londres au +44 20 7692 2741 or +44 7779 855 021 (anglais, français)

_______________________
Ce groupe d’organisations internationales et congolaises humanitaires et de défense des droits humains réunit :

Des ONG internationales :
ActionAid International, the American Bar Association, Association of Volunteers in International Service (AVSI), CAFOD, ENOUGH, Front Line, Global Witness, Human Rights Watch, International Alert, International Rescue Committee, Oxfam International, Light of Africa Network, Medicos en Catastrofe (MEC), Mercy Corps, Norwegian Refugee Council (NRC), Population Services International/Association de Santé Familiale (PSI/ASF), Rights and Accountability in Development (RAID), Refugees International, Save the Children UK, Saving Lives through Alternate Options (SLAO), World Vision (Eastern DRC).

Des ONG congolaises :
Action Contre l’Impunité pour les Droits Humains (ACIDH), Action Pour la Promotion et la Protection de l’Enfant et de la Femme (APPEF), Action Sociale pour la Paix et le Développement (ASPD), Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO/SUD KIVU), Association des Filles et Mamans Victimes de Violence (AFMV), Association pour la Promotion de la femme et de l’enfant pour le développement durable (APROFED), Association des Volontaires du Congo (ASVOCO), Association des femmes Pour la Conservation de la Nature et le Développement Durable (AFECOD/CRAF), Campagne Pour la Paix, Change Agent Peace Program (CAPP), Centre d’Ecoute Hermone (CEH), Centre de Recherche sur l’Environnement, la Démocratie et les Droits de l’Homme (CREDDHO), Centre National d’appui au développement et à la participation populaire (CENADEP Kinshasa), Centre Olame, Children's Voice - Nord Kivu, Coalition Publiez Ce Que Vous Payez RDC, Commission Provinciale de Lutte Contre les Violences sexuelles au Sud Kivu (CPLVS), Comité des Observateurs des Droits de l’Homme (CODHO), Collectif des Organisations des Jeunes Solidaires du Congo Kinshasa (COJESKI Nord-Kivu), Commission Episcopale Justice et Paix, Conseil Régional des Organisations Non Gouvernementales de Développement (CRONGD-NK), Fondation Point de Vue des Jeunes Africains Pour le Développement (FPJAD), Group d’Etudes et d’Actions Pour un Développement Bien Défini (GEAD), Groupe Justice et Libération, HEAL Africa, Héritiers de la Justice, Ligue Congolaise pour la défense des droits de la femme et de la famille (LICODEFF/Kinshasa), Mamans Organisées pour le Développement (MAODE), Plateforme des Femmes du Nord Kivu pour un Développement Endogène (PEFND), Promotion de la Démocratie et Protection des Droits Humains (PDH), Promotion et Action des Femmes pour le Développement (PAFED), Promotion et Appui aux Initiatives Féminines (PAIF), Réseau Femme et Développement (REFED/Nord Kivu), Réseau des Associations de lutte contre les violences en général (RALCOVIG), Réseau Provincial des ONGs de Droits de l’Homme au Nord-Kivu (REPRODOC Nord-Kivu), Regard Rural Sans Frontière (R2SF/Sud-Kivu), Réseau d’Initiatives Locales pour le Développement Durable (REID), Réseau pour la Conservation et la Réhabilitation des Ecosystèmes Forestiers (CREF), Solidarité féminine pour la paix et le développement intégral (SOFEPADI), Solidarité Pour la Promotion Sociale et la Paix (SOPROP), Synergie des Femmes pour les victimes des violences sexuelles, Villages Cobaye (VICO).

***

15 avril 2008

Un avion s’est écrasé sur Goma

Crash d’un avion dans un quartier populaire de Goma


Crash sur Goma


Un avion de la compagnie Hewa Bora vient de rater son décollage et s’est écrasé en plein cœur d’un quartier populaire et commercial à forte concentration humaine communément appelé Birere.

Il est encore difficile d’avoir le bilan de cet accident, mais on parle de dizaines de morts et de nombreux blessés.

Il était environ 14h45 ce 15 avril 2008, quand l’avion a destination de Kinshasa via Kisangani a semble-t-il raté son décollage sur l’aéroport international de Goma. Il s'est écrasé sur les maisons avant de prendre feu.

Toute la ville est endeuillée. Elle est toute entière suspendue à l'évolution de la situation. Toutes les boutiques, les magasins et autres commerces ont fermé.

Il y aurait eu 79 personnes à bord de l’avion dont deux enfants. Parmi eux, très peu de survivants mais les deux pilotes en auraient réchappé.

Children’s Voice
(Crédit photo Amanileo.org)


Pour en savoir plus
Sur Amanileo.org, l’article de Délion avec de nombreuses photos : « Un avion fait plusieurs morts à Goma »

09 avril 2008

Un nouveau kidnapping d’enfant à Goma

Jonathan, 10 ans, enlevé devant son école



Jonathan, âgé de 10 ans, fils d’un homme d’affaire connu, a été enlevé devant son école vers 12 h 30 alors qu’il allait rentrer chez lui. Jusqu’au soir, les parents, les amis de la famille, les autorités de l’école, les agents de Children’s Voice sont restés dans une grande inquiétude.

L’école privée des Volcans est située à 500 m du bureau de Children’s Voice. Le choc a été grand dans tout le quartier.

Vers 22 heures, les agents de la sécurité ont communiqué des informations fiables sur le ravisseur : il s’agirait d’un jeune homme âgé 19 ans dénommé Amani, il serait à Gisenyi au Rwanda et l’enfant aussi. Comment a-t-il passé la frontière entre la RDC et le Rwanda ? Le ravisseur aurait pris contact avec les parents et exigé une rançon de 100 000 dollars américains. Il aurait expliqué qu’il avait été victime de l’abandon de ses parents, séparés depuis sa petite enfance, et qu’il aurait besoin d’argent pour quitter le pays.

Très tôt le lendemain matin, il a été arrêté par la Police de Gisenyi. Ce matin l’enfant a été remis à sa famille.

À la frontière, du côté de la RDC, une grande foule attendait le retour de l’enfant, du jeune ravisseur et c’est toute une délégation qui les a accueillis, composée du Gouverneur de la Province, du Maire de la Ville de Goma, des agents de sécurité, de la police congolaise et des agents de Children’s Voice. Il était 10 h 30.


Belle mobilisation des autorités

Children’s Voice se réjouit de la grande mobilisation des autorités de la province pour retrouver l’enfant Jonathan. C’est la première fois que notre ONG les voit se mobiliser aussi vite et aussi fort, et obtenir grâce à cela un résultat immédiat. Nous nous réjouissons de voir que nous ne serons plus seuls à nous débattre comme jusqu’à présent dans les cas précédents. Nous espérons que des leçons en seront tirées et que la sécurité sera renforcée au niveau de la frontière et dans toute la province.

Nous suivons l’évolution de cette affaire et vous tiendrons informés sur l’état de Jonathan et les conditions de son enlèvement. Ainsi que la réaction de ses camarades.

Il ne nous a pas été permis de prendre de photos. Et nous respectons les exigences de la famille pour la protection de la victime.
Children’s Voice

04 avril 2008

Nouvelle étape vers la paix dans les Kivu

Lancement de la Commission Technique
Mixte Paix et Sécurité




La commission mixte, autrement connue sous le nom de « Programme Amani » est la suite de la conférence sur la paix, la sécurité et le développement des provinces du Nord et du Sud-Kivu du 6 au 23 janvier 2008 qui avait abouti à un acte d’engagement de tous les belligérants en conflit dans cette partie Est de la RDC. Son installation est la deuxième étape du processus de paix pour les Kivu.

Après la phase des négociations, arrive la phase des réalisations, au grand soulagement des populations. Pour saluer cet événement historique, nous avons repris ici avec son accord et avec nos remerciements l’essentiel d’un article de Délion Kimbulungu Lumpu sur amanileo.org — Crédit photo : amanileo.org.


La cérémonie officielle
La cérémonieDevant de nombreux ambassadeurs des pays membres de l’ONU, en présence du représentant des États-Unis et sous la présidence du Ministre d’État en charge de l’Intérieur, les groupes armés signataires des Actes d’engagement de Goma ont été invités ce jeudi 3 avril 2008 à prendre part à la première session ordinaire de la Commission Technique Mixte Paix et Sécurité.

Le Coordonnateur national du Programme AMANI, l’Abbé Apollinaire MUHOLONGU MALUMALU a exhorté les uns et les autres à œuvrer dans l’intérêt des populations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu longtemps meurtries par les conflits. Il a précisé que, plus que les autres commissions prévues qui allaient aussi commencer à travailler, la Commission Technique Mixte Paix et Sécurité présente un enjeu majeur dont le résultat devrait permettre le retour rapide de la paix et de la sécurité dans les provinces du Kivu.

Le Vice-amiral Didier ETUMBA, Coprésident de la nouvelle commission, a transmis les remerciements du Gouvernement aux personnalités présentes représentant la Communauté Internationale dont la mobilisation a été jugée inestimable. Il a appelé les différents groupes armés à faire en sorte que la RDC serve d’exemple aux efforts de résolution des conflits.


L’Union Européenne dénonce la « folie des hommes en armes »
Les émissaires étrangersL’Ambassadeur de France, Monsieur Prévot, a eu des propos durs à l’endroit de ceux qui continuent à commettre des exactions, tueries, viols, rackets et à entretenir des foyers de tension dans les zones du Nord et du Sud-Kivu. Pour le diplomate français, cette situation doit cesser « car le monde n’accepte plus que des hommes soient livrés à la barbarie de la part d’autres hommes, surtout de leurs frères ».


1 million de dollars pour le Programme AMANI
Alan DossLe Représentant Spécial du secrétaire Général des Nations Unies, Monsieur Alan DOSS, reconnaissant les avancées constatées sur la voie de la paix à travers le Programme AMANI, a annoncé une contribution supplémentaire de la Communauté Internationale d’un million de dollars pour soutenir l’effort de paix en cours. Il a indiqué que les nations du monde gardaient les yeux braqués sur la partie Est de la RDC, attendant de voir la preuve de la volonté réelle des Congolais de s’entendre et de vivre ensemble.
L’envoyé spécial du Gouvernement américain, Monsieur SHORTLY, a réaffirmé son soutien au processus de paix, et le Ministre d’État en charge de l’Intérieur, Décentralisation et sécurité, Monsieur Dennis Kalume Numbi a décrit la sortie d’une crise profonde qui a détruit non seulement les infrastructures provinciales, mais aussi les rapports entre les communautés, avec l’État et qui longtemps privé les populations de la région de leurs droits à la vie. Il a transmis à tous les participants les félicitations du Chef de l’État pour leur prise de responsabilité dans le Programme AMANI.
Résumé de l’article de Délion Kimbulungu Lumpu
sur amanileo.org (cf. le premier lien ci-dessous)


Pour plus d’information

28 mars 2008

Visite de Parlementaires européens

Le Parlement européen réagit à l’ampleur des violences sexuelles dans les Kivu



Le Parlement européen (PE) a pris récemment une position très ferme pour dénoncer l’ampleur de la violence sexuelle et son utilisation comme une arme de guerre dans la région des Kivu (voir ci-dessous sa résolution du 17 janvier 2008). Une délégation de trois députés étant actuellement en visite en République Démocratique du Congo dans le but d’enquêter sur ce grave problème, il était intéressant de pouvoir les rencontrer. Nous leur sommes très reconnaissants d’être venus aujourd’hui à Goma pour en discuter avec les représentants de la Société civile, qui est la première concernée.

À leur arrivée ce vendredi 28 mars 2008, les parlementaires européens (Jurgen Schroder et Alain Hutchinson, Johan Van Hecke étant empêché) et six membres de leur délégation étaient accompagnés de l’Assistant technique des projets de l’Union Européenne dans l’Est de la RDC. Ils ont d’abord rencontré le Parlement provincial, puis ils se sont rendus à l’Hôtel Ihusi de Goma pour auditionner les représentants des huit Organisations Non Gouvernementales de la société civile congolaise des Droits de l’Homme œuvrant à l’Est de la RDC : ASSODIP DHO et Développement, Action Sociale pour la Promotion de la Démocratie (ASPD), Children’s Voice, Conseil Économique et Social (CES), CREDDHO, Dynamique des Femmes Juristes (DFJ), Grace, Pole Institute (dans l'ordre alphabétique).

Délégation du PE

Touchés en général par la situation des populations civiles à l’Est de la RDC, ces parlementaires ont expliqué qu’ils étaient particulièrement alarmés par l’utilisation des violences et des crimes sexuels comme des armes de déstabilisation et de guerre et qu’ils voulaient se rendre compte par eux-mêmes de l’évolution de la région.
Après la présentation de la délégation, chacune de nos organisations a été invitée à décrire son action et à en faire une évaluation en termes d’impact. Puis la consultation a été organisée autour de trois questions :
  1. Le fonctionnement de la justice
  2. Les activités économiques qui ne semblent pas attirer les investisseurs étrangers alors que la province présente beaucoup de potentialités.
  3. La conférence sur la paix au Kivu et ses différentes attentes


Un constat inquiétant


Après le tour de table, on retiendra de la discussion qu’il a été remarqué les faits suivants :

Les difficultés de la justice :
La justice est en panne. D’un côté, en interne, elle est paralysée par plusieurs aspects : la corruption, l’ignorance, l’ingérence de la hiérarchie, les anciennes pratiques, l’impunité des coupables, l’absence de poursuite des malfaiteurs.
De l’autre côté, on note le manque de confiance à la justice actuelle, l’absence de protection de victimes et des témoins, l’ignorance de droits de victimes.
Mais on remarque aussi une sorte de banalisation, de normalisation des violences sexuelles. C’est au point que ni les autorités (politiques, administratives, judiciaires), ni la population ne les voient plus comme des atrocités (aucune priorité pour les combattre). Par exemple : dans les prisons, il y a beaucoup de voleurs d’objets de petites valeurs et peu d’auteurs de violences sexuelles.

Concernant les activités économiques
L’insécurité et les anciennes pratiques datant d’après l’indépendance (intéressements, détournements, corruption), ne favorisent pas le développement économique.

Quant aux conséquences de la Conférence pour la paix
La gestion problématique de ses résolutions décourage de plus en plus l’espoir et les attentes. La population n’y voit plus grand-chose.


Recommandations


Les participants ont formulé deux recommandations :
  • Que la société civile européenne renforce les capacités de la société civile congolaise (spécialement celle Nord-Kivu) ;
  • Que le Parlement Européen plaide pour que la justice internationale vienne en aide à la justice congolaise.

Les parlementaires seront dans la région jusqu’à lundi puis quitteront le pays pour la réunion de leur parlement prévue la semaine prochaine.

Children’s Voice


_________
La résolution du PE du 17 janvier 2008
« Le Parlement Européen a adopté une résolution appelant la communauté internationale à prendre des mesures contre le développement de la violence sexuelle en République Démocratique du Congo (RDC), qui est décrite comme "la plus grave au monde". »
Résumé
Le texte complet (version provisoire : le texte définitif sera publié à la même adresse)

Mandat des parlementaires

Composition de la délégation du Parlement européen
  1. Jürgen SCHROEDER (PPE-DE, DE), Chef de délégation [PPE-DE signifie: Groupe du Parti populaire européen (Démocrates-chrétiens) et des Démocrates européens]
  2. Alain HUTCHINSON (PSE, BE) - [PSE = Groupe socialiste au Parlement européen]
  3. et Johan VAN HECKE (ADLE, BE) - [Groupe Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe] :

17 mars 2008

Une inspection de l’Unicef


Visite de l’UNICEF Kinshasa et Goma :
un tour d'horizon de notre action




Le 4 mars 2008 nous avons reçu la visite d’Anh Ly, responsable du projet OEV de l’Unicef Kinshasa, un programme dont Children’s Voice bénéficie pour la première fois pour le Centre Virunga sur une durée de six mois, du 1er novembre 2007 au 30 avril 2008.

Ahn Ly UnicefAnh Ly était accompagnée d’un collaborateur du Bureau de l’Unicef Goma qui nous connaît déjà très bien. Elle s’est intéressée à notre projet de protection et de maintien des enfants orphelins et vulnérables (OEV) dans les écoles, à notre programme AGR de soutien des familles d’accueil (Activités Génératrices de Revenus), et au fonctionnement de nos deux centres d’accueil, de Virunga et de Bujovu.

La visite de la délégation de l’Unicef fut une belle occasion de faire le point sur ces quatre axes de notre action. Elle a commencé par un entretien au bureau de CV et s’est poursuivie sur le terrain.


Présentation des mécanismes de protection
et de maintien des OEV dans les écoles

CV supervise 30 écoles primaires pour garantir la protection et le maintien des enfants vulnérables à l’école. Le temps étant court, c’est l’École Primaire Keshero qui a reçu notre délégation. Nous avons été accueillis par sa directrice, Bénédicte Masika, et par le président du Comité de Suivi de notre projet OEV qui en ont expliqué l’organisation et les avantages à nos visiteurs.

En RDC, la scolarité n’étant pas obligatoire et tous les enfants devant payer les frais scolaires, les OEV sont généralement chassés des écoles car personne ne peut payer pour eux. Dans son programme appuyé par l’Unicef, CV a fait des plaidoyers, de la sensibilisation, de la formation, et a développé des mécanismes de prise en charge, de protection et de maintien de ces enfants dans 30 écoles de Goma et des villages environnant.

En 2007, grâce à cela, 3 150 enfants OEV ont été maintenus dans ces 30 écoles, et 300 parmi eux, les plus vulnérables, ont reçu des uniformes, des souliers et des kits scolaires. Pour les épauler, les écoles participantes ont reçu des kits enseignants (ce dont l’enseignant a besoin pour faire son travail : craieS, registreS, cahiers, bics). L’un des succès intéressant de ce programme est de voir l’acceptation, l’implication et les sacrifices des autorités de ces écoles en faveur de ces OEV. Alors qu’ils sont payés par le paiement des enfants, ils font le sacrifice de leur cotisation, donnent en plus des cahiers aux OEV, et prennent le temps d’aller visiter les familles de ces enfants en cas de difficulté scolaires.




Visite du Centre Virunga

Don UnicefSe rendant ensuite au Centre Virunga, Anh Ly a découvert le nouveau bâtiment financé grâce au programme de l’Unicef. Elle a fait ensuite le tour des locaux et rencontré les enfants de nos classes de maternelle et du programme de réinsertion scolaire. Le nombre de salles étant encore insuffisant, elles sont saturées avec plus de 65 enfants.
Ce fut ensuite la présentation de nos deux ateliers, celui des 45 adolescentes en formation de coupe couture, et celui des jeunes en formation de menuiserie avec leur production de meubles déjà fabriqués.


Le programme AGR
Son but est de garantir un minimum de revenus supplémentaires aux familles d’accueil ou aux parents survivants des enfants orphelins ou vulnérables (OEV). Ces familles généreuses qui acceptent de s’occuper des enfants victimes que nous leur confions doivent pouvoir les élever sans peine supplémentaire. En plus de notre encadrement, nous les aidons à trouver des Activités Génératrices de Revenus (AGR).

Créé fin 2006, le programme AGR de Children’s Voice encadre 100 familles qui prennent en charge un total de 300 OEV. Les bénéficiaires (toutes des femmes), sont organisées en groupes de solidarité. Nos visiteurs sont allés à la rencontre de deux de nos familles.

1) Madame Cibalonza nous a reçus chez elle, dans sa maison du quartier de Majengo/Bugiti.

Madame CibalonzaElle adhère au programme depuis 14 mois. Veuve, elle vit avec ses cinq enfants dont quatre étudient au centre Virunga. Une fille de 7 ans reste à la maison bien qu’elle ait atteint l’âge scolaire (6 ans).

Comme activité, Cibalonza vend, au détail, la farine de manioc dans son quartier. Ce petit commerce l’aide à nourrir ses enfants et lui permet de payer les soins médicaux à celle qui ne va pas à l’école. Les soins des quatre autres sont assurés par le centre CV Virunga ou ils étudient. Elle est satisfaite de son petit commerce. (Ici au 5e rang de gauche à droite)


2) Notre seconde visite a été pour Joséphine, que nous sommes allés voir au petit marché du quartier Katoyi, en pleine activité (à gauche sur la photo, un foulard sur la tête).

JosephineElle aussi est veuve mais ses enfants sont au nombre de neuf. Quatre seulement sont encadrés par le centre CV Virunga : l’aînée de 15 ans qui suit la formation professionnelle en coupe couture, et trois de ses frères et sœurs suivent le programme de réinsertion scolaire du centre. Les cinq autres enfants n’étudient pas car elle n’a pas assez d’argent pour les scolariser et CV ne peut pas les prendre aussi en charge, faute de places suffisantes, nos centres étant pour le moment limités en salles.

Son activité AGR est la vente de petits poissons du lac Kivu, ce qui lui permet de nourrir ses enfants. Elle aussi est contente de son petit commerce.



Visite du Centre Bujovu
La dernière étape de la visite a été le Centre CV de Bujovu. Bujovu est un quartier très pauvre dont 95 % de sa population est analphabète. Les enfants ont accueilli leurs visiteurs par des chants.

Au Centre BujovuCe centre qui n’est pas encore reçu de financement, fonctionne sur le don de l’Association Française Janusz Korczak (AFJK), à Paris.

Il accueille 150 enfants de 10 à 17 ans dont 75 % d’entre eux (112 enfants) n’ont jamais été à l’école, les autres ayant abandonné en 1re ou 2e classe primaire il y a plusieurs années. Ces enfants reçoivent une formation accélérée d’alphabétisation, les notions essentielles d’hygiène, de morale et de culture générale. Les plus jeunes bénéficieront bientôt d’un programme de réinsertion scolaire.

En plus, depuis bientôt un mois, ce centre accueille la formation de 120 femmes et jeunes filles très courageuses qui viennent suivre des cours d’alphabétisation. Elles se prennent en charge en cotisant chacune 100 FC par semaine (soit 0,2 USD ou 15 cts d’Euros en Francs Congolais) pour payer l’instituteur. Le centre offre les salles, la craie et la documentation.




Éducation communautaire

Une réunion à la direction du centre Bujovu a clôturé la visite. On y a évoqué l’activité des deux comités de parents et familles d’accueil créés autour des centres de Bujovu et Virunga pour responsabiliser les communautés sur la prise en charge des OEV et faciliter l’éducation communautaire.

Au moment de partir, Anh Ly nous a dit qu’elle a été impressionnée par notre façon d’impliquer toute la communauté dans la prise en charge des OEV.

Ce réseau communautaire d’accueil et de prise en charge des problèmes soulevés par les enfants vulnérables, implanté dans les quartiers, dans les écoles et dans nos centres d’accueil, est le fruit de notre expérience d’ONG de la société civile, et d’un long effort persévérant et partagé. La liste est longue :
  • Au départ, il y a eu le don d’un terrain (centre Virunga) par l’Évêque de l’Église catholique du Nord-Kivu, puis un autre (centre Bujovu) donné par le Maire de la ville de Goma, et un troisième à Keshero (pour le troisième centre en projet en 2008) donné par le gouverneur de la province du Nord-Kivu.
  • Les commerçants de la ville (construction du mur du centre refuge de Virunga en 2006)
  • Les professionnels qui encadrent les enfants bénévolement (avec seulement une indemnité trop faible) dans les deux centres
  • Les autorités de base (les chefs de quartier et d’avenue) qui font l’identification des OEV dans leur quartier et participent à des réunions de sensibilisation communautaire
  • Les deux comités de parents et familles d’accueil aux centres Virunga et Bujovu
  • Les 30 écoles de la place qui ont adhéré à la prise en charge des OEV avec des mécanismes de protection et de maintien des OEV dans leurs écoles,
  • Les ONG locales, internationales et les agences onusiennes pour appuyer différentes activités des OEV,
  • Les hôpitaux de la place comme celui de Heal Africa (anciennement DOCS) dans la prise en charge gratuite des OEV pour les cas dépassant les capacités de l’infirmerie du centre Virunga.

La réussite de notre action pour aider, protéger et défendre les droits des enfants (nous avons aussi une section juridique), dans l’esprit de la CDE (Convention internationale des droits de l’enfant), et cette forte implantation communautaire qui fait notre force aujourd’hui, nous la devons à la participation de toutes ces personnes.

Grâce à eux et à toute notre équipe qui s’y est investie et a travaillé fort en donnant beaucoup de sacrifices en faveur des OEV, l’action de Children’s Voice bénéficie aujourd’hui directement à 900 enfants des quatre ou cinq quartiers les plus pauvres de Goma qui en compte 20, et des milliers d’autres en profitent aussi grâce aux enseignants.

Le message de félicitations que nous a envoyé Anh après son retour à Kinshasa est un encouragement pour toute notre équipe. Nous remercions vivement l’Unicef Goma et Kinshasa pour leur support et pour cette visite qui a permis cette rencontre sur le terrain.

Children’s Voice



Album photo de la visite
Voir l'album en diaporama
Imprimer ou télécharger cet article

Sélection de nos articles sur les OEV sur le blog


Plus d’information

25 février 2008

Le développement du Centre Virunga

Premiers effets du projet
OEV/Unicef 2007-2008

(Extrait du rapport intermédiaire)


Depuis le 1er novembre 2007 et jusqu’au 30 avril 2008, le centre Virunga qui encadre 330 orphelins et enfants vulnérables (OEV) bénéficie d’un financement de l’Unicef dans le cadre d’un programme intitulé : « Appui à l’encadrement psychosocial et réinsertion scolaire des enfants orphelins et autres enfants vulnérables de la ville de Goma ».

Dès l’ouverture du centre en octobre 2006, nous avons progressivement organisé en priorité la remise à niveau scolaire des enfants. Ils sont groupés en trois niveaux comprenant deux classes de niveau 1, une classe de niveau 2 et une classe de niveau 3 qui les prépare à l’examen du TENAFEP (Test National de Fin de l’Éducation Primaire). Une cinquième classe, de maternelle, accueille les enfants d’âge préscolaire.

Grâce au financement de l’Unicef, l’accueil des enfants a pu être nettement amélioré et ils en ressentent un grand soulagement.

Sur le plan de l’équipement, deux nouveaux ateliers ont été créés pour offrir une formation professionnelle aux enfants ayant dépassé l’âge scolaire. Un atelier de couture et l’autre de menuiserie leur donnent une meilleure chance de préparer leur avenir en apprenant ces métiers. Deux salles en sheeting et une autre en dur qui était restée inachevée ont été réhabilitées, et des pupitres ont été installés dans les classes (auparavant, les enfants écrivaient sur leurs genoux).

Sur le plan de l’encadrement des enfants, ils ont tous été équipés d’un kit scolaire et ces OEV qui avaient des habits en lambeau et qui marchaient en majorité pieds nus ou avec de vieux souliers ramassés dans des poubelles, ont aussi reçu un kit d’uniforme et des souliers ketches. Ils sont très contents de porter l’uniforme national des élèves. Ceux du niveau 3 sont les plus heureux. Ils ne seront plus marginalisés au moment de l’examen du TENAFEP, et ils se sentent maintenant les égaux des autres élèves des écoles publiques et privées.
Nous vous présentons ci-dessous une sélection de photos qui illustrent toutes ces évolutions des activités du Centre.



Pour être complet, signalons qu’il nous reste un problème majeur à résoudre à Virunga avec les latrines. Les 330 enfants, filles et garçons, utilisent un seul w.-c., ce qui les expose à des risques importants. La construction d’une installation correcte n’ayant pas pu être prise en charge dans le cadre de ce projet, nous continuons à rechercher activement le budget nécessaire.

Nous témoignons ici de notre reconnaissance à l’UNICEF pour tous les progrès déjà accomplis grâce au lancement de ce projet sur six mois.

Children’s Voice

03 février 2008

Une semaine après la conférence

L’attente (8)


Une semaine après la conférence sur la paix des Kivus, la composition du comité de suivi des résolutions toujours attendue.
L’Est de la République Démocratique du Congo est appelé à tourner la page après l’engagement et la volonté des protagonistes de déposer les armes pour rejoindre les rangs de l’armée régulière et la cohabitation pacifique des différentes communautés ethniques.
Une semaine après la clôture de la Conférence de Goma sur la paix, la sécurité et le développement du Nord et du Sud-Kivu les travaux du Comité de Suivi qui devaient accompagner les accords n’ont pas commencé.
Des groupes armés attendent impatiemment l’ordonnance présidentielle sur la composition du dit Comité de Suivi des résolutions de ce forum. Des réunions se sont poursuivies en début de cette semaine pour la programmation des activités prévues parla conférence.

SéminaireÀ Goma, Woodrow International Center For Scholars [qui travaille avec l’ESSEC-IRÉNÉ, ndr] a organisé, du 28 janvier 2008 au 2 février 2008, un séminaire qui a réuni les représentants de la société civile, des mouvements politico-militaires et des groupes armés du Nord et du Sud-Kivu sur les principes de vulgarisation des résultats des travaux de la Conférence de Goma.
La population se réjouit que depuis la fin de la conférence, le 23 janvier, aucun affrontement majeur n’a été signalé entre l’armée et les groupes armés, aucun village n’a été attaqué. C’est l’un des résultats des travaux de la conférence.
Les agents de protection de l’enfance (APE) s’organisent et pensent à un plan de contingence pour l’accueil des enfants qui seraient libérés en masse. Pour eux le comité de Suivi devrait commencer. Attendre trop longtemps risque de fragiliser les engagements et de retarder la libération des enfants.

Children’s Voice


Liens UTILES

Revue de presse du 3 février 2008
— [02/02/08] Amanileo : Renforcer les effets de l’acte d’engagement
— [03/02/08] Amanileo : L’acte premier du Suivi de la Conférence de paix
— [02/02/08] Wilsoncenter : ILCCE Recognized by French Foreign Minister

Kouchner à Goma avec ILCCE

02 février 2008

Un pédophile impuni dans une ONG

Un nouveau cas de pédophilie
dans une ONG internationale
Imprimer cet article [PDF 104 Ko, 3 p.]



Ce dossier révèle tragiquement les contradictions de la mission de protection
des organisations internationales et le comportement parfois observé
sur le terrain de certains de leurs agents.


La JusticeAlors que la République Démocratique du Congo combat les actes de violence sexuelle en renforçant sa législation, qui auparavant ne condamnait que le viol commis par un homme sur une femme, en l’élargissant à toute violence de ce type en reconnaissant l’homme et la femme comme victime ou auteur et en aggravant les sanctions des coupables, on continue d’observer une augmentation de ces actes. Chose étonnante et grave, il arrive qu’on découvre que certains agents travaillant dans des structures pouvant aider ce pays à mieux appliquer sa réglementation ne la respectent pas eux-mêmes.

C’est sans pitié ni pardon que l’enfant AM de sexe masculin, âgé de 14 ans, orphelin de père, résidant dans la ville de Goma, dans un petit abri provisoire au sein d’un camp misérable des sinistrés de l’éruption du volcan Nyiragongo de 2002, a été violé sexuellement par un fonctionnaire européen d’une ONG internationale dont nous préserverons ici l’anonymat.

Les faits se sont déroulés à partir du mois de juillet 2006 jusqu’en juin 2007. Monsieur X a abusé l’enfant par sodomie pendant tout ce temps. Il profitait de son immaturité et de sa fragilité affective en utilisant une stratégie de promesse de cadeaux à chaque rencontre. La famille de l’enfant s’est rendu compte de la réalité quand sont apparus des problèmes d’hémorragie anale et de douleurs au bas-ventre.

Ne connaissant pas la procédure judiciaire, sa mère et son oncle sont allés porter plainte à un bureau de renseignement (ANR). Intimidé par l’action, X a pu éviter de se présenter à ce bureau en se faisant représenter par un collègue de travail, Monsieur Y, fonctionnaire du même organisme international. Ce dernier a ensuite entrepris de contacter la famille de la victime pour garantir la prise en charge des soins de l’enfant et l’auteur principal s’est enfui. Passant outre la procédure normale du bureau, Y a prétendu à cette pauvre famille que l’affaire avait déjà fait l’objet d’un compromis avec l’ANR, sans qu’elle y ait été associée pas plus que la victime.

Aujourd’hui encore l’enfant souffre sérieusement. Il a été soigné traditionnellement [c.-à-d. par la médecine locale] à Bukavu par manque de moyens financiers, mais sans succès. Son entourage s’efforce de le soutenir mais il faudra encore l’aider longtemps à regagner sa dignité, son amour-propre et à revivre des relations sécurisantes avec les adultes. C’est un long travail de reconstruction qui doit être fait par la victime, avec sa famille et dans sa communauté.

Saisie du dossier, Children’s Voice a réactivé l’action au niveau du Parquet de grande instance, sans garantie de succès car il implique un Européen salarié d’une ONG internationale, qui a peut-être cru pouvoir profiter de la culture de l’impunité dans la région qui pourtant ne durera pas toujours. Pour étudier et renforcer les possibilités de poursuites du pédophile dans son propre pays, CV a également communiqué son signalement à ses partenaires en Europe, tout en rendant les faits publics par cet article sur Internet.

L’ONG qui emploie cette personne (et son collègue complice) devra aussi agir : non seulement elle en est aussi victime pour son image mais, une fois officiellement informée, sa responsabilité pourrait être engagée en cas de récidive ailleurs de son salarié, ce qui est notoirement inévitable dans le cas des pédophiles impunis.

Que ce soit en RDC ou dans son propre pays, la justice et la réparation dues à cet enfant seront rendues car elles sont indispensables à sa reconstruction, et parce qu’on ne peut pas laisser impuni un esprit aussi nuisible, capable comme l’a vu ici, de détruire toute une vie, sans pardon ni pitié.

Antoine Famba,
Children’s Voice



Pour plus d’information

Actions publiques et actions juridiques
  • INTERPOL – Le 7 nov. 2007, l’Assemblée générale d’Interpol à Marrakech a décidé de rééditer les appels au public pour identifier les pédophiles - Communiqués d’Interpol
  • Bureaux ou services reliés à Interpol, pays par pays (à mobiliser en priorité)
  • Child Focus, le Centre Européen pour Enfants Disparus et Sexuellement Exploités (Belgique)
  • Enfants kidnapés, avec beaucoup d’information et l’analyse des stratégies des pédophiles (Belgique)
  • Beyond Borders Inc (Canada)
Prévention et communication

24 janvier 2008

Fin de la Conférence sur les Kivu

Signature d'un accord de paix qui protégera les enfants (7)



Signature de l’acte d’engagement, une cérémonie émouvante
Un des nombreux signatairesIl était 16 h 40 de ce mercredi 23 janvier 2008 quand la première signature a été apposée sur l’acte d’engagement du Gouvernement Congolais avec les groupes et forces armées des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu en la présence du chef de l’État Joseph Kabila Kabange.

Pour renforcer l’accord et prendre en témoin toutes les souches de la population kivutienne, d’autres personnalités ont signé cet accord de paix, de sécurité et de réconciliation. C’est le cas des chefs coutumiers, de la société civile, des confessions religieuses et du secteur privé, la Fédération Économique Congolaise.

Les facilitateurs internationaux qui ont signé l’accord sont : les Nations Unies, l’Union Européenne, les États-Unis d’Amérique, l’Union Africaine et la Conférence Internationale sur la région des Grands Lacs (africains).

Applaudissements



Satisfaction des APE :
le message sur les enfants a été signé dans l’acte d’engagement

Il faut avouer que la conférence n’avait pas été prévue pour traiter la question des enfants. Cela nous a été plusieurs fois répété par l’équipe du Bureau et c’est la raison pour laquelle l’accès n’a pas été facile.
Toutefois, le président de la conférence Monsieur l’Abbé Malumalu nous a fait la faveur d’accepter le représentant du Parlement des enfants et ceux des Agences de protection de l’enfance (APE). Le plaidoyer, la sensibilisation, la vulgarisation des droits de l’enfant ont alors pu être menés activement pendant les travaux des commissions et des sous-commissions, et lors des échanges et des rencontres avec les protagonistes.
Le résultat est grand, les revendications des APE sont retenues et reprises dans l’acte d’engagement signé. C’est une lueur d’espoir pour les enfants des deux Kivu et du pays tout entier.


Rappel de nos recommandations :
Notre objectif était d’amener les acteurs à signer, avant la fin de la conférence, un acte d’engagement pour :
  • La cessation des combats
  • L’arrêt immédiat de recrutement,
  • La libération immédiate et sans condition de tous les enfants encore associés aux forces et groupes armés,
  • La libération des enfants capturés ou arrêtés pour espionnage, détenus en provinces ou transférés à Kinshasa et leur remise aux Agences de Protection de l’Enfant,
  • La libération des enfants détenus illégalement et la remise aux juges d’enfants de tous ceux présumés coupables d’infraction,
  • La protection des enfants dans les zones de conflits,
  • Le retour rapide et la réinstallation des déplacés,
  • Le retour dans le bref délai des Congolais réfugiés dans les pays voisins et leur réinstallation,
  • Le respect de droits de l’enfant.

Un Comité Technique de Suivi sera mis en place
L’accord de principes est déjà là. Le chronogramme de réalisation proposé par les APE sera certainement pris en compte par le Comité Technique de Suivi, tellement l’engagement a été fort dans les messages de tous.

Au nom des APE, nous adressons nos remerciements aux organisateurs de la conférence sur la Paix, la Sécurité et le Développement dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu.

Children’s Voice



Liens UTILES
•Notre page spéciale sur la Conférence http://children-voice.org./pdf-documents/conf-paix-012008/ape_presentation-conf-paix.html">
•Le site Internet « officiel » de la Conférence : amanileo.org http://www.amanileo.org

Documents officiels
— Acte d’engagement pour le Nord-Kivu [PDF lourd : 1,9 Mo, 10 p.]
— Acte d’engagement pour le Sud-Kivu [PDF lourd : 2,1 Mo, 11 p.]
— Rapport final des travaux [PDF lourd : 852 Ko, 17 p.]

Nos documents de travail préparés pour la Conférence
Liste des violations des droits de l'enfant dans les Kivu
Mémorandum avec propositions de résolutions et d'engagements
Présentation aux participants à la conférence

Revue de presse du 23-25 janvier 2008
— [23/01/08] Amanileo : Émouvante cérémonie de signature (avec les photos)
— [23/01/08h] Afrikarabia2 : Signature devant le Chef de l’Etat (photos)
— [23/01/08h] AFP : Engagement inédit des belligérants pour la paix au Kivu
— [24/01/08] Le Monde.fr : Des rebelles rwandais prêts à rentrer chez eux
— [25/01/08] Afrik.com : Réactions positives en RDC et à l’étranger
— [25/01/08] LeVif.be : RDC: demain, la paix au Kivu ?
— [25/01/08] TV5 Monde : Kouchner réaffirme en RDC l'"amitié" de Paris et l'appui à la "francophonie"

Children’s Voice, Goma, RDC - http://children-voice.org « Protéger l’enfant à tout prix »