28 décembre 2007

Les enfants oubliés par la Conférence de Goma

Les enfants seront-ils les oubliés
de la Conférence sur la paix (1) ?


Milice de Nkunda, photo IRINÉtant donné que les enfants sont les principales victimes des conflits armés, les Agences de Protection de l’Enfance (APE) du Nord-Kivu exigent que la question des enfants soit traitée à part pour en faire mieux ressortir la problématique et obtenir des pistes de solutions lors de la prochaine Conférence sur la paix, la sécurité et le développement qui se tiendra à Goma du 06 au 14 janvier 2008.


Une conférence en préparation

Une année après les élections en RDC et la mise en place de nouvelles institutions, la tension reste vive à l’Est dans les provinces du Nord et du Sud Kivu. L’insécurité, la surmilitarisation, la prolifération et la circulation incontrôlée des armes de guerre, la guerre et les conflits armés et la présence des forces étrangères entraînent la mort, les violences et les traumatismes et ont provoqué l’exode de plus de 800 000 déplacés et de plus de 200 000 réfugiés de ces deux provinces.

Pour rattraper cette situation, le gouvernement a initié une conférence qui va réunir toutes les filles et fils de ces deux provinces, les groupes armés nationaux et des observateurs du 6 au 14 janvier 2008 avec pour mission de : Mettre fin à la guerre et à l’insécurité dans ces deux provinces et jeter les bases d’une paix durable et d’un développement intégral.

La question des enfants, oubliée
Quatre thèmes sont à l’ordre du jour :
  1. - Enjeux et défis de la paix ;
  2. - Enjeux et défis sécuritaires ;
  3. - Questions humanitaires et sociales ;
  4. - Enjeux et défis de développement
Chaque thème a de 6 à 11 sous-thèmes beaucoup plus spécifiques. Malheureusement, nulle part, la question des enfants n’a été prévue.

Étant donné que les enfants sont les principales victimes des conflits armés, les agences de protection de l’enfant se sont mobilisées une fois encore pour faire entendre la voix des enfants de ces deux provinces.

Elles ont rencontré le 27 décembre le Président du Secrétariat Technique de la Conférence pour lui soumettre leurs préoccupations. Ce dernier a été favorable pour inclure la problématique des enfants. Un mémo à l’intention de la dite conférence est en cours de préparation. L’état des lieux sera présenté. Les enfants sont associés à la préparation.

Nous y reviendrons plus tard.

Children’s Voice


Liens
Monuc : Annonce de la conférence, le 17 décembre
Le dossier de Courrier International (avant le report au 6 janvier)
ReliefWeb : Mettre fin aux « guerres secrètes »
— 28-12-07 : Les combats continuent (Maï-Maï contre les troupes de Nkunda)
L’actualité du Nord-Kivu sur le site d’information en continue Wikio


Un reportage TV du 5 octobre sur les milices Maï-Maï


Envoyé par FRANCE_24

23 décembre 2007

Les enfants pris entre deux feux au Nord-Kivu

La protection des enfants dans les conflits armés
Témoignage d’un enfant arrêté


Emmanuel, élève en 1re année dans une école secondaire de son village, a 14 ans. Il a fui, dit-il, le recrutement des forces et groupes armés pour chercher une protection. Plusieurs fois il a été pris entre les combats avant de trouver un abri. Il a été torturé avant d’être enterré vivant avec ses deux amis. Il a fallu l’intervention du commandant militaire pour qu’il soit déterré et conduit dans un cachot de la ville. Quel abri ? Il raconte son horrible histoire aux agences de protection de l’enfant lors de leur visite. Ceci est son récit.


Fuir le recrutement
En plein cours à mon école, le 1er novembre 2007, j’ai vu les élèves courir dans tous les sens, sauter par les fenêtres et prendre le chemin de la brousse. Les plus âgés d’abord, ensuite les plus jeunes. C’était la panique. La peur nous a emparés quand les cris disaient : « Courrez, éloignez-vous. Ils viennent vous prendre pour l’armée ». L’inquiétude avait gagné tous les élèves et certaines écoles avaient fermé.

Avec huit de mes camarades, nous avons quitté Burungu pour nous cacher dans un autre village environnant. Trois jours après, la nouvelle a été que des hommes en armes sillonnaient le village à notre recherche. Mon grand père et les autres vieux du village nous ont donnés comme conseil : « Quittez immédiatement le village. Allez dans les montagnes. Là vous serrez à l’abri ». La faim, la fatigue et la peur nous emparaient. Nous nous sommes déguisés en berger avant d’apprendre qu’ils étaient ciblés aussi.

Deux jours après, le messager du village nous demandait de nous éloigner et de rejoindre l’armée gouvernementale qui nous conduirait au camp de la Monuc (1) pour notre protection.

La torture
À trois, nous avons rejoint, après une marche épuisante dans le parc, les positions de l’armée gouvernementale aux environs de Mugunga. Nous avons perdu les traces de nos cinq compagnons.

Nous avons été accueillis avec une brutalité incroyable, des insultes, des coups, des tortures. Dans une grande terreur, nous avons expliqué que nous fuyons le recrutement du CNDP (1) et que nous étions à la recherche de protection. Malheureusement personne ne nous a écoutés. Les militaires nous ont ligotés et frappés. Ils nous ont accusés d’être des traîtres et des espions de Laurent Nkunda (le chef des insurgés, cf. note 2), et ils étaient certains que nous avions des informations militaires à leur fournir, volontairement ou pas.

L’enterrement
(Emmanuel s’arrête de parler environ deux minutes après comme s’il avait peur de continuer puis reprend.)

En nous menaçant de mort, les militaires nous ont conduits à quelques mètres de leur position où un trou avait été préalablement creusé. Nous avons crié, supplié, en vain. J’ai vécu le moment le plus difficile de ma vie. Mon dernier souvenir est quand ils m’ont jeté dans le trou et que j’ai reçu les premières pelletées de terre.

(Un soupir avant de continuer).

Quelque temps après, je me souviens encore avoir ouvert les yeux quand le commandant m’interrogeait. Je ne pouvais pas parler, avec les yeux et la bouche pleins de terre. La tête et les habits aussi.

Plus tard, l’escorte du commandant me souffle à l’oreille : « Vous avez eu la chance. Le commandant est arrivé juste au cours de votre enterrement et a exigé de vous déterrer. ».

Je ne croyais plus à mon existence. Je ne voyais toujours que du noir. Est-ce ça la mort ? Certainement.
Le samedi 8 décembre, un convoi militaire nous a conduits dans ce cachot. (Le cachot T2 est un cachot de renseignements militaires au centre-ville de Goma). Personne de ma famille ne connaissait mon sort. Je n’ai reçu aucune assistance.

Notre cri d’alarme
La commission provinciale de protection de l’enfance du Nord-Kivu dénonce ces pratiques illégales et inacceptables.

Arrêté sans arme, sans tenue militaire, sans avoir été recruté ni avoir rejoint les rebelles, Emmanuel et ses trois compagnons ont été libérés ce 13 décembre après 43 jours de souffrance grâce au plaidoyer des agences de protection de l’enfance.

Ils sont hébergés dans l’un de nos centres en attendant que leurs villages soient sécurisés. D’autres enfants sûrement n’ont pas eu leur chance.

Depuis quelques mois, plusieurs enfants et jeunes, élèves ou non, ont été arrêtés à partir de leur morphologie ou de leur langue et détenus dans des cachots. Appartenant en grande partie à la même tribu que les insurgés qui se battent (Nkunda), ils ont été ciblés et accusés sans preuve de complicité avec les rebelles. Nous savons que nombre d’entre eux ont été transférés dans les cachots et les prisons de Kinshasa ou leur sort reste inconnu.

Ces violations graves des droits de l’enfant inquiètent les agences de protection de l’enfant. Pourtant des textes légaux nationaux et internationaux, protègent les enfants pendant les conflits armés. Il est regrettable que l’application de ces textes soit loin d’être mise en pratique.

Un enfant reste un enfant quelle que soit son appartenance ou le crime qu’il aurait commis. Nous exigeons qu’il soit protégé et respecté. Tel est le message que les agences de protection de l’enfant voudront faire passer à la Conférence sur la paix, la sécurité et le développement qui sera tenue à Goma du 06 au 14 janvier 2008.

Children’s Voice


Notes
(1) MONUC (Mission de l' Organisation des Nations Unies en République démocratique du Congo)
(2) Groupe armé de Laurent Nkunda : — Par WikipédiaPar Courrier international


Liens
Un complément intéressant à cet article, en provenance de Kinhasa : « La Voix des Sans Voix appelle à un traitement humanitaire des enfants soldats rwandais » (D.I.A, 28/12/07)
— ReliefWeb, 02 Jan 2008 : « La conférence de tous les espoirs… et de toutes les suspicions »
— News Press 02/01/2008 : « Les pillages se poursuivent au Nord-Kivu »
— ReliefWeb, 28 Dec 2007 : « La conférence sur la paix aux Kivu reportée, Nkunda décrète un cessez-le-feu »
— ReliefWeb, 26 Dec 2007 : « Affrontements entre Maï-Maï et rebelles de Nkunda à Tchugi »
— Le Monde.fr, 1/01/08 : « L'ONU dénonce le désastre humanitaire oublié dans lequel sombre le Nord-Kivu »


Vidéos
— Interview de réfugiés, reportage TV (fin novembre)

Envoyé par FRANCE_24


— Un autre reportage TV de France 24, pour écouter le point de vue de différents chefs de guerre dont Nkunda, et observateurs

Envoyé par Losako

Children’s Voice, Goma, RDC - http://children-voice.org « Protéger l’enfant à tout prix »