28 novembre 2007

La vie des enfants de la ville de Goma (RDC)

La vie des enfants à Goma


La ville de Goma est située dans la province du Nord-Kivu, à l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC), dans une région volcanique. Elle est entourée de territoires très fertiles comme Masisi, Rutshuru, Walikale, Sake et Minova, riches en haricots, choux, pomme de terre, carottes, patates douces, colocases, bananes, légumes, canne à sucre.

Malgré cela, la majorité de la population ne mange pas à sa faim. La malnutrition sévère est manifeste chez de nombreux enfants et il n’est pas rare qu’ils meurent de faim. Les hommes comme les femmes mènent une vie difficile, voire insupportable.

Des enfants sont abandonnés par leurs parents et par leurs familles incapables de les nourrir, de peur de les voir mourir de faim. Ici, les enfants sont facilement privés de leurs droits : entre la non-scolarisation, le manque d’affection de la part des parents, le manque de nourriture, ils vont directement dans la rue et c’est ainsi qu’ils deviennent ceux qu’on appelle communément MAYIBOBO ou Shégé.

Filles et garçons mêlés se retrouvent ensemble, les uns autour des poubelles pour y ramasser les restes de nourriture, les autres dans les marchés, à voler. Ils dorment la nuit à l’extérieur dans des conteneurs ou sous des vérandas. Ils sont tous traumatisés par cette vie, et c’est pourquoi, c’est surtout parmi eux, notamment les enfants en bas âge, que sont désignés les « enfants (dits) sorciers » dans les quartiers.

Livrés à eux-mêmes sans encadrement depuis longtemps, privé d’affection, de parents, d’assistance, ils deviennent des agresseurs, violeurs, brigands, fumeurs de chanvre… Les filles sont violées et engrossées par leurs amis et ces nouveaux bébés ne bénéficient d’aucune assistance. Alors qu’ils sont de la ville.


Je me suis promené dans certains quartiers de la ville et les enfants se sont approchés. J’ai rencontré K. dans la rue au Birere (l’un des quartiers pauvres de Goma). Voici ce qu’il m’a raconté :

« Chez nous, nous mangeons deux fois par semaine et cela grâce à Dieu. Mon père a deux femmes. Il arrive chez moi déjà saoul et commence à taper ma mère et nous tous, puis il nous chasse. Ni moi, ni mes sept frères, aucun d’entre nous ne va à l’école.

« C’est pourquoi j’ai préféré vivre ici dans la rue avec mes amis. Nous passons la nuit dans ce conteneur. Ici c’est mieux. Nous mangeons plus qu’à la maison. Je ne souhaite pas rentrer chez mon père. J’aimerai étudier pour devenir gouverneur ou pilote. Je ne suis pas content quand je vois les autres allez à l’école.

« Nous recevons de l’argent quand nous avons transporté des bagages, ou rendus service avec la garde des véhicules ou en apport d’informations. Si on n’a en pas, on peut « déplacer » (depuis le temps d’un ancien régime gouvernemental, déplacer veut dire voler). Si je trouve assez d’argent, j’en envoie à ma mère. »


Au marché de Virunga, j’ai reconnu une fille de 15 ans en train de vendre des morceaux de cannes à sucre. Elle traverse toute la ville avec un bassin sur la tête pour trouver du sel pour ses parents au lieu d’aller à l’école. D’autres enfants vendent des sachets de ci de la. Les orphelins sont les plus exploités.


Enfant employé à pousser un vélo sur 8 kmCe vélo sert de moyen de transport sur la ligne Goma-Gisenyi (8 km).
R. pousse un client handicapé et il est payé pour cela 200 FC (0.4 USD)



Autres témoignages :

K. a 13 ans. Elle vit au village de Bujovu. Elle me raconte sa vie :
« Je suis orpheline de mère. Mon père nous a laissés chez ma grand-mère et il est parti. Je vends de la farine. Nous vivons de mon bénéfice. Je n’ai pas été au banc de l’école. Je suis contente d’être inscrite au Centre Children’s Voice car je saurai lire et écrire pour gagner ma vie. »

D. est une fille de 12 ans, qui vient aussi à notre Centre de Virunga.
« Je suis fière d’être au Centre Children’s Voice. J’aimerai étudier et terminer pour devenir une mademoiselle infirmière et je pourrais construire pour mes parents une grande maison. »

Les enfants sont fantastiques. Ils sont joyeux. Ils racontent leur vie sans réserve. Ils aiment la vie malgré les difficultés qu’ils rencontrent. Dans leurs yeux, on peut lire qu’ils ont encore de l’espoir.

David Balike
Encadreur des OEV*
Centre Children’s Voice de Bujovu


(*) Acronyme désignant les « Orphelins et autres Enfants Vulnérables » (OEV)

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