10 août 2007

Deux enfants accusés de sorcellerie – Pour une fois, plainte des parents

C’est après la mort de Lydia, âgée de 15 mois, dans la nuit de ce vendredi 27 juillet 2007 que Birindwa, le père, se rend à 3 h 30 du matin au domicile de ses anciens voisins Pascal R. et Magendo M. Il les réveille et invite à venir prier leurs deux filles Évelyne et Pendo de 14 et 12 ans, toutes deux élèves en 5e et 3e dans une école primaire de Goma.

Au TeZeF/Birere dans le quartier Mapendo où il les conduit, les deux filles reçoivent des coups et des injures. Elles sont battues, traînées par terre et torturées au « Trois Z » (méthode qui consiste à placer des bâtons entre les doigts et à serrer très fort les bouts). Réveillée par les hurlements des deux enfants, la population se rassemble mais personne ne s’indigne du traitement infligé : au contraire la foule met se met à crier : « Brûlez les sorcières ».

Cinq litres d’essence sont apportés pour brûler vif les enfants. On cherche les parents des « sorcières » pour leur faire subir le même sort. Les familles ont peur et n’osent pas se montrer. Le père de l’une de victimes appelle des agents de la police en patrouille. Les secours arrivent au moment où le pire allait se produire.

Les deux fillettes sont sauvées et amenées à la Police Spéciale de la Protection de l’Enfance qui en informe immédiatement Children’s Voice.

Les parents décident de porter plainte contre M. Birindwa Mubembe pour violation de domicile, coups et blessures et calomnie. C’est un grand progrès. C’est la première fois que nous voyons des parents défendre les enfants et rejeter de telles accusations en criant tout haut : « Ma fille n’a jamais été sorcière ».

La police a donné quatre jours à Birindwa, le temps de faire son deuil et d’enterrer son bébé.

Son audition révèle qu’il avait été convaincu par des révélations du pasteur d’une petite église du quartier, qui déclara que le bébé avait été ensorcelé par Évelyne et Pendo en complicité avec leur copine Solange, une fillette de Bukavu vivant avec son oncle Biridwa. Le pasteur disait qu’il fallait les torturer pour qu’elles avouent et qu'elles ressuscitent la petite Lydia morte. Solange, qui avait reçu des menaces avant la mort du nourrisson, avait décidé de fuir une semaine avant et elle était rentrée à Bukavu.

La petite Lydia avait été soignée au Centre nutritionnel Caritas à Virunga et Carmel deux mois mais les parents avaient interrompu son traitement et elle présentait toujours des signes de malnutrition sévère.

Le mal en est que dans de nombreux cas, les malades ne vont pas à l’hôpital pour se faire examiner et soigner, mais donnent le temps à la maladie de s’aggraver en restant bornés sur « la sorcellerie ».

La population du quartier, qui avait déjà suivi des messages de sensibilisation de Children’s Voice contre ce genre d’accusation, à la radio Okapi de la Monuc (Mission des Nations Unies pour la Paix en RD Congo) et à la RTNC (Radio et Télévision Nationale Congolaise, promet de ne plus se laisser avoir par des faux pasteurs de petites églises et de suivre l’exemple des deux parents dans la défense de leurs enfants.

Pour mieux les sensibiliser, nous leur avons distribué des dépliants contre la torture des enfants accusés de sorcellerie.

Children’s Voice remercie vivement la police qui s’implique de plus en plus dans la protection des enfants, les parents et les journalistes Ebengo Musafiri de la RTNC ainsi que Denise Lukeso de Radio Okapi.

Children’s Voice,
Goma, 10 août 2007.


— Pour éviter de nouveles tragédies, merci de diffuser ce dépliant intitulé : Démystifions et luttons CONTRE LA TORTURE des enfants dits sorciers

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