08 avril 2007

Joffrey a été rendu à sa famille

Joffrey a été retrouvé
Un cas difficile : récit
Remerciements (PDF, 72 Ko, 1 p.)




Joffrey a été récupéré et rendu à ses parents le vendredi 6 avril dans l’après-midi après un kidnapping de trois jours et trois nuits. Il avait été enlevé le mardi précédent à 16 heures.

Sa libération a été difficile. Ce fut une longue histoire, révélatrice des difficultés de la Justice et de la Police à faire respecter la loi, à empêcher les exactions et à poursuivre les malfaiteurs. Depuis que nous aidons les enfants enlevés, c’est la première fois que nous rencontrons une situation aussi délicate.

Le cas de cet enlèvement était particulier. L'identité du coupable était connue. Nous ignorons pourquoi mais la Police de la protection de l’enfance a refusé de s’engager et le Parquet a hésité. Nous avons appris que le ravisseur avait une réputation d’homme dangereux, de bandit armé capable de nuire. Le lendemain de l’enlèvement, le mercredi 4 avril, l’Auditorat militaire (Justice) a arrêté certains de ses proches, mais lui avait eu le temps de se cacher avec femme et enfants et la justice militaire a déclaré ne pas être en mesure pour le moment de mettre la main sur lui.

Le problème restait entier. L’action de la Justice avait tourné court. Difficile d’attraper le coupable. Apparemment personne ne veut s’y investir. Or l’enfant est en danger. Que faire ? La famille ne compte plus que sur Children’s Voice qui est impuissante.
Mais la Commission de la protection de l’enfance a décidé d'intervenir à son tour et le département de la protection de l’enfance de la Monuc nous a suggéré de diffuser un communiqué sur Radio Okapi. Nous avons donc fait passer des messages à la radio (sur Radio Okapi et à la RTNC) et dans des lieux publics, en demandant aux autorités et à la population de nous aider.

La seule stratégie qui nous restait était d’essayer d’entrer nous-même en contact avec le ravisseur, avec prudence bien sûr. Mais comment ? Par quel moyen ? Va-t-il accepter ? Notre seul objectif était de retrouver Joffrey, pour le reste, cela ne regardait que la Justice.

Jeudi matin, premier contact de Children’s Voice avec le ravisseur, par téléphone. Il est violent et tendu. Il menace de tuer l’enfant et de se tuer lui-même. Il exige son argent 2000 $ plus 800 $ d’intérêt. Informées, les autorités déclarent ne pas être en mesure de le localiser à partir de son numéro de téléphone : « nous ne sommes pas en Europe », nous dit-on.

Au cours des autres communications, il devient moins violent et accepte la négociation. Il faut absolument être diplomate. Il a entendu les messages à la radio et ses collaborateurs lui ont appris les arrestations de ses proches dont celle de sa vieille mère !

Nous avons alors demandé à la famille de l’enfant de trouver cet argent. Ce qu’elle fit. Le ravisseur exigea que nous déposions l’argent chez quelqu’un dont il nous remet le numéro de téléphone. Aussitôt dit, aussitôt fait. Il désigne l’oncle de Joffrey, Henri, qui a représenté la famille dans nos démarches, pour aller seul chercher l’enfant. Henri prend la route vers Sake, une commune à 27 km de Goma.

C’est une jeep sans plaque d’immatriculation, semblable à celle des FARDC (Force de l’armée de la République Démocratique du Congo) avec huit militaires à bord (ou portant des uniformes militaires) qui a déposé Joffrey sur la route à quelques mètres de lui, avant de continuer son chemin. Il était 13h40.

Nous attendions à la sortie de la ville : nous avons recueilli un enfant déprimé, traumatisé, qui ne répondait à aucune question.

En rentrant, nous nous sommes rendus à l’Auditorat militaire pour raconter dans quelles circonstances nous l’avions récupéré, au cas ou d’autres actions seraient entreprises, puis nous avons remis Joffrey à sa maman en larmes. Moment émouvant. C’est quelque temps après que l’enfant raconta avec peine à sa mère avoir été emmené dans une maison gardée par des hommes en uniforme militaire et armés, sans trop savoir où.




*** Un contexte très délicat ***


Nous travaillons dans une situation difficile où le fonctionnement de la justice n’est pas encore suffisamment assuré ; où la violence est au plus haut degré ; où la vie et les droits humains ne comptent pas. C’est comme dans une jungle où le plus fort croit pouvoir faire ce qu’il veut sur le moins fort. Et ainsi, on continue de voler, de violer et de tuer.

Un autre récit révélateur : nous avons appris l’enlèvement dans le quartier Himbi d’un certain Emmanuel, il y a environs trois semaines. Ses ravisseurs lui ont bandé les yeux et amené dans un endroit qu’il ignore. Deux semaines après ils l’ont libéré et déposé près de l’Hôtel Karibu, à proximité de la ville. Ses ravisseurs lui avaient expliqué qu’ils étaient endettés. Ils ont exigé de lui qu’il vende sa maison pour payer leurs dettes et l’ont menacé de mort s’il allait porter l’affaire en justice.

Nous croyons qu’il faudrait certainement dénoncer ces injustices pour aider à redresser le pays. Mais comment faire et auprès de qui ? On voit dans l’histoire de Joffrey que pour défendre les intérêts de la population, pour une protection de l’enfance efficace, il faut que les associations, les ONG, les commissions, etc. soient fortes, nombreuses et organisées. La solidarité et la popularité sont une aide précieuse et ceci est la même chose dans la plupart des pays, même développés.

Malgré les dysfonctionnements, leurs difficultés et leur manque de moyens, la collaboration de toutes les autorités est indispensable et précieuse. Nous sommes heureux de sauver des enfants, mais finalement, c’est surtout à leurs résultats que seront jugés la crédibilité et l’avenir de la RDC.

Déjà ce matin un autre enfant, âgé de deux mois, a été enlevé. Et nous sommes retournées à la Police pour lui demander d’intervenir.

Children’s Voice,
Goma, 08/04/2007

Remerciements (Communiqué PDF, 72 Ko, 1 p.)
L'alerte diffusée le lendemain de l'enlèvement

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