12 juillet 2006

32 enfants enfermés dans une église

32 enfants dits « sorciers » libérés,
un pasteur en prison



C’est est aux environs de 10 heures, ce matin du 5 juillet 2006, que des agents de Children’s Voice, déguisés en adeptes, se sont introduits dans la petite Église Nayot du pasteur Zéphirin Mbagira, avenue Masisi, quartier Katindo Gauche, dans la ville de Goma.

Cette action a été menée pour libérer une trentaine d’enfants détenus dans une cellule de cette église. Accusés de sorcellerie, ces enfants étaient enfermés depuis la veille sans boire ni manger et soumis à des tortures psychologiques et spirituelles dans l’attente d’une pseudo-délivrance qui leur avait été annoncée au 4e jour.

Aussitôt libérés, les enfants se sont précipités pour aller faire pipi car ils ne pouvaient pas sortir de la cellule de peur d’être envoûtés, selon le pasteur. Children’s Voice avait fait appel au Service de la Police Spéciale de Protection de l’Enfance. C’est ainsi que le pasteur et ses deux collaborateurs, les enfants et quelques femmes, mères des enfants victimes, ont été emmenés jusqu’au bureau de la police, à bord de trois véhicules que nous avions pris à notre charge.


Photo prise dans l’Église Nayot, à Goma
[Visages masqués ou transformés rendant toute reconnaissance impossible]



Le pasteur et les femmes ont été immédiatement incarcérés. Les femmes ont été accusées d’avoir été complices du pasteur dans ces fausses allégations. C’est elles qui avaient amené leurs enfants.
Les 32 enfants, épuisés, affamés et traumatisés ont été reconduits à la maison par nos équipes après que nous leur ayons donné à boire et à manger.

Les habitants du quartier, plongés dans la psychose de recevoir un mauvais sort et/ou d’être contaminé par la sorcellerie ne leur ont pas fait un bon accueil. Leur tentation est grande de rejeter ces enfants et de chasser leurs familles. Nous avons dû demander l’appui du Maire de la ville de Goma, du chef du quartier et du commissariat de la police du quartier pour sécuriser ces victimes. Ci-joint notre correspondance à ce sujet.

Cet événement survient à deux jours seulement d’un autre similaire qui a marginalisé et plongé quatre autres enfants dans la violence.

Ce lundi 3 juillet, Children’s Voice est intervenue dans la libération des quatre enfants dont trois filles et un garçon, détenus au cachot de la commune de Karisimbi, toujours dans Goma. Ces enfants étaient accusés d’être des sorciers et d’avoir mangé le cœur d’une dame, cause de sa mort.

Encore une fois, nous avons lancé des messages de sensibilisation à la radio et dans des rencontres communautaires pour démystifier ces mauvaises croyances qui mettent en danger toute la population.

Pourtant, il y a un mois seulement, la Coalition pour le Développement de la Petite Enfance dont Children’s Voice est membre avait organisé avec succès une session de travail sur le phénomène dit des « Enfants Sorciers » à Goma au cours de laquelle des résolutions ont été prises.

Children’s Voice,
Goma, 12 juillet 2006.


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