30 juin 2006

Une jeune fille sauve un enfant

Un enfant dit sorcier sauvé de justesse
par le courage d'une jeune fille



Quand Children’s Voice a commencé la lutte pour la protection des enfants dits sorciers, une catégorie d’enfants marginalisés et torturés, la tâche semblait impossible et de longue haleine. C’était un grand défi. Comment arriver à conscientiser cette population pas assez instruite et qui tient a ses coutumes ! Où les parents, les églises et les autorités ne semblaient pas vouloir abandonner ces accusations ! Où ces enfants, à peine soupçonnés et accusés, sont lapidés et brûlés vifs en plein jour devant les passants (militaires et pasteurs, policiers et chrétiens, autorités et politiciens), condamnés à mourir car, dit-on : « un sorcier doit immédiatement mourir avant qu’il ne jette le mauvais sort ».

Ne pouvant pas rester inactives devant les cris répétés de ces enfants, en tant que mères et membres de cette association, nous avions pris la détermination de faire face à ce défi et de combattre ce mal jusqu’à la dernière énergie. Pour faire changer le comportement de la population et interpeller les autorités.

C’est dans ce sens que notre colloque de novembre 2004 avait réuni les autorités locales et les responsables des églises et des ONG sur le thème « Le mauvais traitement des enfants et ses conséquences : la responsabilité partagée ».

Sensibilisations communautaires, émissions de radio et télévisées, ateliers et messages dans des églises, messages sur des pancartes dans les rues, affiches et bandes dessinées menaçant de poursuites judiciaires et de condamnations les auteurs de ces crimes, sensibilisation des autorités… Sur tous les fronts, nous avons fait et nous continuons à faire tout qui peut être utile.

Ce que femme veut, Dieu le veut, dit-on. Le rêve de des femmes de Children’s Voice se réalise peu à peu. L’implication de la population commence à se faire sentir.

En mars 2006, Jean Pierre, chef de l’avenue Kisangani dans un quartier de Goma, a sauvé la petite Odette avant qu’elle ne soit tuée. Il avait pourtant reçu des menaces (car selon les croyances, si tu défends un sorcier, c’est que tu l’es aussi), mais voyant qu’il n’y arriverait pas seul, il avait couru chercher l’aide des agents de l’ordre (on peut lire ce récit plus loin dans le blog).

Ce matin de mars, vers 10 heures du matin, Sara Mapendo, étudiante en troisième année secondaire à l’Institut Bora rentre de son école après les examens. Sur son chemin, dans le quartier Katoyi et Mabanga-sud, elle croise une foule qui traîne une jeune fille comme on conduit un animal à l’abattoir : Francine a 14 ans et est accusée de sorcellerie.



De gauche à droite : Sara Mapendo, Francine et Joseph Maheshe
devant le bureau de Children’s Voice


La foule est enragée. L’enfant a le visage plein de sang. Sara s’approche. Écoutons-la nous raconter comment elle a procédé : « La foule était tendue et armée de bâtons et de pierres. Il a fallu que j’invente une histoire pour leur arracher cette enfant. Je me suis avancé jusqu’au centre où la fille venait d’être renversée. Je l’ai prise par le bras en disant : c’est ma petite sœur. Elle a fui la maison. C’est une handicapée mentale. Elle est sous traitement médical. »

Elle ajoute : « En même temps, je me suis rappelé les accusations dont j’ai été victime quand j’étais petite. Je venais de perdre mes parents. On m’avait aussi accusé d’être sorcière. C’était absurde. Je n’étais pas une sorcière mais personne ne pouvait me croire. J’ai vite compris que cette enfant avait les mêmes difficultés que moi. Elle avait besoin d’être aidée. Ce qui m’a donné du courage, c’est la sensibilisation que j’avais suivie à l’émission Sauti ya watoto (La voix des enfants) qui dénonçait le mauvais traitement des enfants accusés de sorcellerie. Par mon intervention, j’ai pu diviser la foule. Certains nous poursuivaient alors que les autres abandonnaient. »

Melina Soki, qui se dirigeait vers le marché, voit au loin sa copine Sara en danger et se fraye un chemin pour aller l’aider. Un autre passant, Joseph Maheshe, comprenant l’héroïsme de Sara au milieu de cette foule en colère, se joint à elles et, en s’y mettant à trois, ils forcent le passage. « À un moment donné, nous avons eu peur que la foule nous rattrape et nous avons demandé de l’aide à un conducteur. Adolphe Chirimwami nous a pris à bord de son véhicule et emmené jusqu’au bureau de Children’s Voice ».

Francine est maintenant prise en charge par Children’s Voice.

Félicitations à Sara, Melina et Joseph qui ont agi avec responsabilité, courage et volonté. Sans hésiter, malgré le risque de se faire tuer, ils sont allés sauver la vie de Francine qui devait mourir assassinée comme tant d’autres enfants accusés d’être des sorciers et ils l’ont amenée à Children’s Voice. Une très belle action, exemplaire !

Children’s Voice, Goma, juin 2006.

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24 juin 2006

Le kidnapping des enfants à Goma

Le dessous du mystère des enlèvements
d'enfants à Goma


Le mot enfant nous vient du latin « infans » qui signifie : « celui qui ne parle pas ». On voit déjà fidèlement se refléter dans cette origine du mot une conception bien particulière de l'enfant : « Soit sage et tais-toi ! » disait Alain Serres.

Ainsi les pères gaulois avaient droit de vie et de mort sur les enfants. Les lois romaines autorisaient les hommes à accepter ou refuser un enfant à sa naissance.

D’un continent à une autre, d’une culture à une autre, malgré le décalage des siècles, un enfant, en République Démocratique du Congo, ne parle pas toujours et apprend de plus en plus à être sage et ne pas revendiquer.

C’est dans ce contexte que des enfants sont kidnappés et déplacés comme des paquets de linge pour cause de disputes et de séparation des parents. En l’absence de lois et dans l’ignorance des droits, la famille la plus forte impose la garde des enfants. Le kidnapping n’est pas nouveau à Goma, nous l’avons déjà combattu, mais on en comprend un peu mieux maintenant les motifs et pourquoi il est si fréquent.


Junior, Michaël et Nicole, enlevés à Goma, ont été retrouvés
à Kigali grâce à Children’s Voice.



On assiste à des enlèvements sur le chemin de l’école ou dans les quartiers, par malice ou par violence, avec des coups ou sous la menace d’une arme… Tous les moyens sont bons pour déplacer et cacher les victimes avant de les expédier par véhicule ou par bateau, ou même par avion pour aller plus vite, pour… fuir la lave du volcan Nyiragongo et échapper à toute poursuite.

Comme des colis, des enfants sont expédiés de Goma aux quatre coins du monde.

Par exemple, le petit Steve âgé de 3 ans, caché sous le nom de Christian inscrit sur le billet de la compagnie Wimbi Dira pour brouiller les recherches de sa mère avant son décollage vers Kinshasa ; Alain, 9 ans, pour qui la nuit sombre a suffi pour l’embarquer sur un bateau à destination de Mbujimayi ; Glady, 10 ans, Naomi, 7 ans et Raïssa, 5 ans, enlevées à l’école, ont été cachées dans une maison pendant des jours. Quant à Jospin, 6 ans, c’est avec une arme à feu que son père l’a gardé quelques jours à l’aéroport international de Goma avant de prendre la destination de Kananga devant les pleurs et l’impuissance de son ex-femme terrorisée.

C’est aujourd’hui le tour de Nicole, Michaël et Junior de 9, 7 et 5 ans, frères et sœur, récemment kidnappés et acheminés au Rwanda par leur oncle Éric sur la commande de leur père vivant à Kigali et séparé de sa femme depuis un bon moment. Le cauchemar de ces trois enfants a commencé exactement le 18 mai 2006 et c’est par l’action de Children’s Voice qu’ils ont été retrouvés.

Ce ne sont là que quelques cas connus parmi beaucoup d’autres enfants condamnés à être sage pour se taire et se laisser traîner.

Mais pourquoi recourir à une telle violence, sans crainte de traumatiser les enfants ? Les auteurs de ces enlèvements agissent-ils dans l’intérêt supérieur de l’enfant ? Voila encore une matière de réflexion.
N’y a-t-il pas moyen de faire intervenir la justice pour départager les parents et statuer sur la garde de ces enfants ; et mettre ainsi fin à ce trafic ?

Selon la tradition, dans le mariage coutumier (versement de la dot par l’époux) ou civil, les enfants issus de cette union entrent au patrimoine de la famille de la mère. Le père n’aura de droit sur ces enfants qu’après acquittement de sa dot auprès de sa belle famille. Ce qui n’est pas une raison de recourir a la force pour s’en accaparer à l’insu de la famille qui en a la garde.

Les enfants les plus exposés aux enlèvements sont justement ceux qui sont déjà victimes de la séparation de leurs parents. Ils partagent le même sort que les enfants nés de filles mères abandonnés par leur conjoint après leur grossesse, dont les exigences coutumières et civiles n’ont pas été honorées, que l’homme ait reconnu ou pas sa paternité. Et ces femmes mères qui ont difficilement élevé leurs enfants ne se laissent pas facilement faire. Ainsi naît la violence autour de ces enfants.

Comme dans la jungle et en l’absence de tout arbitrage judiciaire, c’est la loi du plus fort : « Que le plus fort gagne ! ».

Dans tous les cas, les enfants sont victimes de ces coutumes et de l’irresponsabilité des parents en cas de séparation, de la violence intrafamiliale et de l’absence de toutes mesures de protection. En complète violation de leurs droits d’enfants, les droits de l’enfant étant encore une fois bafoués.
Children’s Voice, Goma, juillet 2006.

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16 juin 2006

La Journée de l'Enfant Africain 2006

Le 16 juin, l’Afrique a célébré la 15e Journée de l’Enfant Africain, décrétée par l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) en 1991.

Au Nord-Kivu, à Goma, la journée a été organisée par Children’s Voice sur le thème « Les violences faites aux enfants ». Elle a été célébrée par les jeunes du Club d’Écoute (le Parlement des enfants de Goma), avec un appui financier de l’Unicef.

La salle polyvalente de la Croix Rouge a été envahie par des enfants venus de tous les quartiers de la ville de Goma.
Les adultes invités étaient la coordinatrice et le conseiller juridique de CHILDREN’S VOICE (notre ONG qui encadre ces jeunes), le président de l’Association HANGE NA SIDA et sa délégation. Leurs hôtes d’honneur étaient Monsieur Nigel Fisher, le président du conseil d’administration du Comité National pour l’UNICEF du Canada et Mme Francesca qui représentait le Chef du Bureau du Comité National pour l’UNICEF de RDC-Zone Est.



À travers le discours de leur président (élu), leurs poèmes, leur théâtre et leurs chansons, les enfants participants ont évoqué les violences dont les enfants sont victimes en République Démocratique du Congo en général et au Nord-Kivu en particulier.

Le président de l’Association HANGE NA SIDA, après avoir présenté l’action de son association, a justifié sa participation à cette journée en expliquant combien cette pandémie du siècle a été et reste encore à ce jour la source du malheur des enfants.

La coordinatrice de CHILDREN’S VOICE a tenu à remercier vivement l’UNICEF et à saluer la forte collaboration des enfants du Club d’Écoute autant pour leur concours dans la commémoration de cette Journée que dans le travail de défense de droits de l’enfant. Elle a reconfirmé la collaboration et le soutien de Children’s Voice à toutes les initiatives des enfants et des jeunes.

Elle a ajouté que si cette journée nous rappelait d’abord le massacre des centaines d’enfants à Soweto le 16 juin 1976, il y a de cela 30 ans, elle attirait surtout notre attention sur les violences et les malédictions imposées actuellement aux enfants dans ce pays et dans cette province, et qui ont pour nom : Enfants de la rue, Enfants soldats, Enfants sorcier, Enfants orphelins, violences familiales, éducation sans scolarisation, etc.

S’exprimant au nom de l’UNICEF, Nigel Fisher a manifesté sa satisfaction. Il a loué le travail des enfants et celui de Children’s Voice dans la défense et la promotion des droits de l’enfant dans cette région de la RDC. Il s’est entretenu avec les enfants et a les a interrogés sur les motifs selon eux de la recrudescence des violences contre les enfants. La connaissance insuffisante des droits de l’enfant ainsi que l’impunité et la non-implication des autorités ont été leurs principales réponses…




C’est depuis le début de cette année 2006 que l’Unicef de la Zone Est de la RDC a confié l’encadrement de ces enfants à Children’s Voice. Plusieurs activités avaient alors été prévues dont la commémoration de la journée de l’Enfant Africain.

Children’s Voice,
Goma, juin 2006.


— La Journée JEA 2005, avec le forum des enfants [PDF 53 Ko, 3 p.]
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Liens
• Site de l’UNICEF de RDC

11 juin 2006

Un voyage en Europe très encourageant

Voyage en Europe

18 mai-7 juin 2006




Christine Musaidizi, la coordinatrice de Children's Voice, a effectué un voyage d'études en Europe du 17 mai au 6 juin 2006, qui l'a conduit à Gand (Belgique), Paris (France) et Varsovie (Pologne), grâce à un cofinancement partiel de l'UNICEF et de l'AFJK.




Un voyage d'études pour les droits de l'enfant



Au cours de son séjour, Madame Musaidizi a donné deux conférences sur la situation des enfants au Congo, à la Conférence internationale sur les droits de l'enfant de Gand (Belgique) et à l'Assemblée générale de l'AFJK à Paris.

Elle a participé avec l'AFJK à un colloque franco-polonais de deux jours sur « La protection de l'enfance hors de la famille » à Varsovie et a assisté à l'inauguration du monument dédié à Janusz Korczak, le précurseur des droits de l'enfant, au cœur de la capitale polonaise, en présence du Président de la République et des plus hautes autorités de l'État.

À chaque fois, la présence de l'association congolaise Children's Voice a été remarquée et saluée. Children's Voice a encore pu tenir un stand pendant trois journées pleines au 2e Salon international des initiatives de Paix, du 2 au 4 juin.

Le voyage s'est terminé par ma rencontre avec l'équipe du Centre d'accueil des mineurs étrangers errants dans Paris, un refuge pilote créé par l'ONG internationale EMDH (Enfants du Monde Droits de l'Homme), qui permet de recueillir en permanence une quinzaine d'enfants et adolescents en danger et de les aider à trouver une solution de réinsertion en cinq semaines environ. (Pour en savoir plus, lire les légendes de l'album photo).

Children's Voice, juin 2006.

Children’s Voice, Goma, RDC - http://children-voice.org « Protéger l’enfant à tout prix »