09 décembre 2006

La fête des droits de l'Enfant

Avec les enfants du Centre-refuge
Journée du 9 décembre 2006



Aujourd'hui, nous avons pu célébrer avec les enfants du centre le 17e anniversaire de la Convention relative aux droits de l'Enfant. À cette occasion, nous avons invité tous nos bienfaiteurs et partenaires.

Chaque année, pour commémorer l’anniversaire de la Convention relative aux Droits de l’Enfant, Children’s Voice réalise des activités de sensibilisation communautaire sur les droits des enfants (D.E.). Cette année le thème choisi était : « Le droit d’être écouté ». Écouter un enfant lui épargne la violence.

L’année 2006 a été marquée par des conférences et des manifestations sur « l’enfant et la non-violence » dans les quartiers pauvres de la ville de Goma où on constate la multiplication des actes de maltraitance et où les D.E. ne sont pas connus. Ces actions ont été financées conjointement par l’Unicef et Children’s Voice avec la collaboration de la Division des Affaires Sociales et des autorités administratives et religieuses.

Des femmes, des hommes, des jeunes des quartiers Katoyi, Keshero et Virunga ont été nombreux à participer. À Virunga, notre action s’est déroulée en deux temps :
  • Une conférence a réuni dans la salle du nouveau Centre-refuge de Children’s Voice, les autorités de base (chefs de quartier), les familles d’accueil et les parents d’origine des enfants encadrés par ce centre.
  • Une journée des Droits de l’Enfant, report de la journée internationale du 20 novembre, a été commémorée le 9 décembre 2006 par les enfants du centre.





Les messages des enfants

« Haki ya kusoma (J’ai droit à l’Éducation) »
« Haki ya kukingwa (J’ai le droit d’être protégé) »
« Haki ya Matunzo (J’ai droit à la santé) »
« Haki ya kuishi (J’ai le droit de vivre) »
« Haki ya jamaa (J’ai droit à une famille) »
« Haki ya kula vizuri (…à une alimentation saine et nutritive) »
« Haki ya kucheza (J’ai le droit de jouer) »
« Haki ya kusikilizwa (J’ai le droit d’être écouté) »
« Haki ya kuwa sawa na wengine (J’ai droit à l’égalité) »
« Haki ya neno (J’ai droit à la parole) »

Tels étaient les messages en swahili inscrits sur les panneaux et sur les chapeaux de papier portés par les enfants.



Mot de circonstance de Children’s Voice

Monsieur le Représentant du Gouverneur empêché,
Monsieur le Représentant du Bourgmestre de la Commune,
Mesdames et Messieurs les chefs de quartier,
Monsieur le Commandant de la Monuc - Brigade Indienne,
Monsieur le Commandant de la Monuc - Contingent de l’Armée Sud Africaine,
Chers Bienfaiteurs,
Chers parents et responsables,
Chers enfants,
Distingués Invités,
Mesdames et Messieurs,


Children’s Voice tient à remercier vivement l’Unicef pour son concours à l’organisation de cette journée qui permet à ces enfants de commémorer le 17e anniversaire de la Convention Internationale relative aux Droits de l’Enfant. Nous vous remercions vous tous qui avez accepté d’abandonner vos multiples occupations pour venir honorer ces enfants de votre présence.

Ces 320 enfants qui vous accueillent aujourd’hui sont âgés de 4 à 16 ans et ce sont en majorité des filles. Issus des quartiers pauvres et sinistrés par l’éruption volcanique du 17 janvier 2002, ils ont vécu de grandes violences qui les ont rendus tristes, violents et malheureux.

Parmi ces enfants, il y a ceux, surtout les filles, qui ont été torturés, marginalisés et accusés de sorcellerie ; il y a des orphelins abandonnés à eux-mêmes ; des enfants rescapés et déplacés de Masisi, Walikale, Beni, Lubero, Rutshuru, traumatisés par le spectacle du massacre de leurs parents et frères tués dans les guerres et conflits armés ; des enfants nés des violences sexuelles subies par leurs mères et qui ne connaissent pas leurs pères ; des enfants de filles mères qui les ont abandonnés ; des enfants victimes de la séparation des ménages ; des enfants qui ont vécu dans les rues et connu la violence ; des enfants qui sont passés par les cachots et la prison.

Tel est le portrait des enfants de ce centre que nous appelons Centre-refuge.
Devant tant de malheurs, vous pouvez comprendre pourquoi Children’s Voice ne pouvait attendre la fin du chantier de construction des bâtiments pour leur venir en aide.

Si tous ces enfants ont une famille, d’origine ou d’accueil, passer la journée ici leur épargne souvent des violences de toutes sortes et leur évite le vagabondage. Ce centre leur offre un environnement protecteur, un cadre socialement favorable et un milieu d’épanouissement. Ils chantent et jouent ensemble, apprennent à lire et à écrire et reçoivent une éducation de base. L’apprentissage de métiers, le jeu, l’hébergement des enfants en attente d’être réinsérés dans une famille d’accueil ou d’origine et une assistance psychosociale sont prévus dans les jours à venir.

Permettez-nous de remercier du fond du cœur :

  • Monseigneur l’Évêque de Goma qui a donné ce terrain pour l’amour dû à ces enfants,
  • Son Excellence Monsieur le Gouverneur de la province du Nord-Kivu,
  • Les habitants de Goma qui ont contribué en don de sacs de ciment, de camions de sable et de pierre, et plus spécialement à :
      • Mme Bercky des Éts Binza,
      • Honorable Alphonse Kasole,
      • Fiat Félin de Supermatch,
      • Vanny Bisheka de l’hôtel Ihusi,
      • Mode Makabuza de Jambo Safari
      • Akili de la quincaillerie Beau Marché,
      • Jean-Pierre Bishweka,
      • Lambert de Wimbi Dira,
      • Léon Mbafumoja,
      • Kakesa de la quincaillerie Grâce à la Gloire,
      • Patient de la quincaillerie La Joie,
      • Etienne Bisheka,
      • Adrien de la quincaillerie Atlas,
      • Abbé Oswald de Caritas,
      • Lorrain Kitumaini,
      • Mwami de Munigi ;

  • La Force de la Monuc et la Brigade Indienne pour des m3 d’eau, du sable et de pierre de construction ;
  • Le Contingent Sud-Africain de la Monuc pour avoir, à l’aide de bulldozer, nivelé ce terrain en cassant les collines de lave et bouchant les ravins, et donné des camions de sable et de terre ;
  • M. Jeff Bayingana qui fournit de l’eau à boire à ces enfants depuis le premier jour jusqu’à présent ;
  • Bruno Quattrone, journaliste français ;
  • Les membres de l’Association française Janusz Korczak à Paris ;
  • Et tant d’autres qui nous ont soutenus.


Chers Invités, ces enfants ne sont qu’un petit échantillon de tous les enfants victimes de toutes sortes d’abus. Pourtant comme tous les enfants du monde, ils ont droit à l’éducation, à la vie, à la famille, à la protection, à la dignité, à l’épanouissement, aux jeux, à l’expression…

Il n’y a que deux mois et demi qu’ils sont ici. Les voir souriants, chantants, contents, est une source d’espoir et nous rappelle qu’ils sont des enfants comme les autres.

Merci du fond du cœur de leur avoir témoigné votre soutien en venant jusqu’ici.

Il est possible que leurs spectacles et leurs discours n’aient pas trop d’importance pour vous, et d’ailleurs, ils ne connaissent pas encore le français. Ils communiqueront à leur manière. Ce qui compte c’est que pour la première fois, ils vont pouvoir s’exprimer en public, se sentir digne, recevoir votre considération et à travers tout cela, reprendre goût à la vie.

Ce sera pour eux une nouvelle et mémorable expérience qui leur montrera que la vie n’est pas toujours limitée à la violence qu’ils ont vécue, mais qu’elle permet aussi de chanter, danser, de rire, de se faire entendre… Bonne journée avec nos enfants !



Le programme des activités
La journée a été égayée par des chants, des sketches, des poèmes, des mots des enfants et des danses.
  • Chants : par les chants les enfants ont montré la joie de s’exprimer, d’accueillir les visiteurs, d’avoir une considération malgré leur passé.
  • Sketches
      • « Je viens de la rue »
      • « Chassé pas les parents, il retourne à la maison »
      • « Je connais mes droits »
      • Etc.
  • Poèmes
  • Mot d’enfants
  • Danses : danse hunde, danse kinyarwanda, danse nande, danse mayombe, danse pygmée, musique congolaise.
  • Cocktail

Partager ensuite un repas ensemble a donné une grande importance à la manifestation, d’autant que nombreux sont ceux qui parmi eux n’ont pas assez à manger. Pour ces enfants, c’était une journée historique.

Children’s Voice,
Goma, janvier 2007.


En savoir plus sur le projet du Centre-refuge
L'ouverture du Centre-refuge en octobre 2006
Le don du terrain en janvier 2006
— Le plan provisoire [PDF 35 Ko, 1 p.]
— Imprimer l'article [PDF 173 Ko, 4 p., 2 photos]

30 novembre 2006

Sorcellerie et puberté précoce

La sorcellerie…,
quel pouvoir sur la puberté !


Aline a 10 ans, Delphine a 6 ans. Toutes deux habitent un quartier pauvre de Ndosho dans la ville de Goma en République Démocratique du Congo. Elles sont voisines et amies. Elles s’entendent bien et jouent ensemble, Elles s’entraident dans des petites tâches à domicile. Une confidentialité règne entre ces deux enfants, une amitié franche et innocente. Aline va à l’école, Delphine pas encore.

Cette relation a été brutalement interrompue au mois de novembre 2006 quand Aline a été accusée de sorcellerie par les parents de Delphine. La famille d’Aline, par peur de représailles, a cru en ces accusations et s’est retournée contre elle.


Photo 1L’inquiétude a commencé quand la mère de Delphine a remarqué que le corps de sa fille semblait se développer anormalement avec l’apparition précoce de petits seins. Alors que la maman commençait à s’en inquiéter, pilosité et premières règles sont apparues. Panique générale ! Les familles proches, les amis sont alertés. Ce qui arrive est anormal !

Pour la famille, Delphine est une victime. Tout ce qui est anormal vient d’un mauvais sort ! Il faut absolument en connaître l’auteur. Mais comment ?
— Que t’a-t-elle donné, ou dit ? insiste l’interrogatoire.
— Rien du tout. Sauf le Kachoma qu’elle m’a montré. Elle a dit que cette herbe fait pousser les seins, d’après les filles de son école, a ajouté Delphine choquée.

Voilà ce qui a provoqué la colère de la famille et mis en danger la famille d’Aline. Déclarée sorcière, Aline est agressée. Elle est arrêtée et conduite au Bureau de son quartier puis à la Commune Karisimbi.

On se souvient que c’est dans le cachot de cette commune que Diva, Mwavita et deux autres enfants, en juillet dernier, ont passé un désagréable séjour après avoir été traitées de sorcières avec l’accusation d’avoir mangé le cœur d’une femme décédée depuis peu. « Vous qui disiez que les enfants ne sont pas des sorciers, venez voir. Cette fois-ci, j’en détiens un avec lequel vous n’aurez aucun argument de défense ».

C’est avec ces mots que le bourgmestre de la commune Karisimbi s’est adressé à Children’s Voice le 24 novembre 2006.



C’était déjà positif de la part des autorités d’avoir pensé à informer les défenseurs de ces enfants, au lieu de lapider, torturer et jeter au cachot. Certainement le fruit de notre travail de plaidoyer depuis près de cinq ans en faveur de ces enfants. Inquiets du sort de cette enfant de 10 ans, les représentants de Children’s Voice se sont immédiatement rendus à la commune. Children’s Voice se met du côté d’Aline et de sa famille qui sont les plus vulnérables dans ce dossier. Se mettre du côté d’un prétendu sorcier, c’est prendre des risques. Il est dit que : « Qui défend défend un sorcier est lui-même un sorcier ». Et le sort d’un sorcier c’est d’être tué à coup de pierres. Il faut faire réfléchir la communauté, utiliser des stratégies. Démonstration :

— Voyons ensemble : Aline, sorcière ou non, c’est une enfant qui doit donc être aidée. Que feriez-vous si c’était votre enfant ? Allez vous la tuer ?
— Non, nous répond le bourgmestre.
— Que faire alors ?
— La faire soigner.
— OK. Voyons ensemble si elle est malade, ensuite cherchons un guérisseur. D’accord ?
— Oui !



Analyses de Children’s Voice
Photo 2Cette conversation en public a calmé la foule qui attendait que la sorcière lui soit livrée. Après avoir écouté les deux enfants et leurs familles, Children’s Voice écarte l’hypothèse de la sorcellerie et privilégie plutôt celle d’une maturité précoce ou encore une conséquence de problèmes psychologiques.

Le Kachoma est une plante sauvage, piquante, bien connue dans la région. En contact avec la peau, elle irrite mais pas plus de deux heures. Certaines tribus du pays (RDC) la consomment comme un légume très riche en nutriments. Elle est traditionnellement utilisée par certaines femmes pour calmer les troubles digestifs des nourrissons.

Aline n’a pas fait d’application de la plante sur sa copine. Elle a juste partagé une information reçue à l’école.

— Dans la région, surtout au village, pour essayer de se faire pousser les seins, toutes les jeunes filles appliquent sur le petit mamelon un insecte de la rivière appelé Inyagarusi. N’avez-vous jamais essayé cela ? La question est posée par l’agent de Children’s Voice aux deux mamans et aux autres femmes présentes.
— Oui, confirment-elles toutes en souriant.
— Et alors, en quoi Aline est accusée ? Les cauchemars de Delphine évoqués, ne viennent-ils pas après cet incident ? N’est-ce pas votre peur et votre émotion qui ont été transmises à l’enfant ? Il faut immédiatement consulter un gynécologue et plus tard un psychologue, suggèrent les agents de Children’s Voice.

L’idée n’est pas très soutenue par certains qui souhaitaient se jeter sur la « sorcière » et sa famille. Mais les deux mères et leurs filles acceptent d’avoir l’avis du spécialiste.


Avis des spécialistes
Nous sommes allés consulter des spécialistes gynécologues de l’étranger et locaux. Ils ont confirmé le diagnostic de maturité précoce et une documentation nous a été fournie.


Suivi
De multiples visites et séances de sensibilisation ont été entreprises pour aider la famille de Delphine qui n’a pas pu dormir pendant plusieurs nuits, croyant que la « sorcière » allait passer par le trou de la maison et venir envoûter leur fille. Visites aussi pour soutenir Aline et sa famille dans ce conflit.

La plupart du temps, l’ignorance, les mauvaises croyances et les illusions de certaines églises aveuglent les communautés et provoquent de grandes souffrances aux enfants et à leurs familles.

La croyance en la sorcellerie hante les esprits dans les communautés et met en danger la vie des plus vulnérables. Pas plus tard qu’au début de ce mois, une vieille femme a été lapidée par les forces de l’ordre qui l’accusaient d’être une sorcière alors qu’elle était mentalement déficiente et qu’elle venait de s’enfuir au Centre de santé mentale de Keshero (un quartier de Goma).

La lutte sera encore longue, mais il faut continuer à défendre ces victimes, à éduquer la population, à faire le plaidoyer auprès des autorités et à faire pression sur la Justice pour faire respecter les droits des enfants vulnérables. Et pour démystifier le phénomène de la sorcellerie.

Children’s Voice, Goma, novembre 2006.


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20 octobre 2006

Ouverture du Centre-refuge

Un Centre-refuge ouvre à Goma
pour les enfants de la rue
et les enfants victimes



Construit par les membres de Children’s Voice avec l’aide des habitants de Goma et de la Monuc (Mission de Maintien de la Paix au Congo) sur un terrain donné par l’Évêque de Goma, le Centre-refuge de Children’s Voice a ouvert fin septembre 2006 sans attendre la fin des travaux.

Ils sont aujourd’hui 320 enfants de 4 à 17 ans à y être accueillis, pour le moment seulement en demi-journée car nous ne pouvons pas encore leur fournir de repas, alors même que nous constatons de graves problèmes de sous-alimentation et de malnutrition des enfants les plus pauvres de ces quartiers insalubres : Virunga, Majengo, Mabanga Nord (ils avaient été engloutis par la coulée de lave, mais leurs habitants, démunis, sont revenus s’installer au-dessus).





Children’s voice a ouvert ce centre refuge pour accueillir non seulement les enfants de ces quartiers, mais aussi les nombreux enfants victimes à qui elle apporte déjà une assistance et qui se trouvent dans une situation préoccupante : enfants victimes d’abus sexuel, enfants torturés car accusés de sorcellerie, des enfants sidéens et des orphelins du SIDA, des enfants traumatisés suite aux guerres et conflits armés, des enfants victimes de ménages séparés et des enfants de la rue.

Le centre leur offre un environnement protecteur, un cadre socialement favorable et un milieu d’épanouissement. Ils chantent et jouent ensemble, apprennent à lire et à écrire et reçoivent une éducation de base.

L’apprentissage de métiers, le jeu, l’hébergement des enfants en attente d’être réinsérés dans une famille d’accueil ou d’origine et une assistance psychosociale sont prévus dans les semaines à venir.

Children’s Voice,
Goma, 20 octobre 2006.


En savoir plus sur le projet du Centre-refuge
— Le plan provisoire [PDF 35 Ko, 1 p.]

30 août 2006

Les ONG en atelier sur la CIDE



Atelier des ONG
sur les droits de l'enfant



Le 13 juillet à Goma, la Commission Protection de l’Enfance du Nord-Kivu a organisé à l'intention des ONG et des autorités de la région un Atelier sur la problématique des droits de l’enfant et l’application de la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE) au Nord-Kivu.

Le temps fort de la réunion fut la restitution de la récente Conférence internationale et interdisciplinaire de GAND (Belgique, du 18 au 19 mai 2006) sur l’évaluation de la mise en œuvre de la CIDE dans le monde, à laquelle Children Voice avait participé en présentant la situation particulière des enfants à l'Est du pays.

Cette journée de travail jugée intéressante et productive aura permit de soutenir la réflexion des autorités et des représentants des ONG sur l'importance du respect des droits de l'enfant et sur les raisons de leurs difficultés d'application. Un état des lieux détaillé des souffrances des enfants a pu être établi, des priorités ont été dégagées et un calendrier d'action en synergie a été arrêté (pp. 5-6 du rapport). Les leçons de l'expérience des autres pays ont fait aussi l'objet d'une synthèse sous forme de tableau qu'on pourra retrouver dans le compte rendu (p. 8).

Le compte rendu complet de la journée est en effet maintenant entièrement accessible en ligne sur notre site (cf. les liens ci-dessous) avec sa documentation. On peut aussi visionner le diaporama PowerPoint que Children's Voice avait réalisé pour illustrer son intervention à Gand mais aussi à Paris.

Children’s Voice,
Goma, 30 août 2006.


Lire le compte rendu en ligne
Les photos de la journée (à voir sur Picasa)
— Imprimer le rapport complet [PDF 211 Ko, 14 p., 1 photo]
Voir le diaporama sur la non-application de la CDE présenté à Gand

12 juillet 2006

32 enfants enfermés dans une église

32 enfants dits « sorciers » libérés,
un pasteur en prison



C’est est aux environs de 10 heures, ce matin du 5 juillet 2006, que des agents de Children’s Voice, déguisés en adeptes, se sont introduits dans la petite Église Nayot du pasteur Zéphirin Mbagira, avenue Masisi, quartier Katindo Gauche, dans la ville de Goma.

Cette action a été menée pour libérer une trentaine d’enfants détenus dans une cellule de cette église. Accusés de sorcellerie, ces enfants étaient enfermés depuis la veille sans boire ni manger et soumis à des tortures psychologiques et spirituelles dans l’attente d’une pseudo-délivrance qui leur avait été annoncée au 4e jour.

Aussitôt libérés, les enfants se sont précipités pour aller faire pipi car ils ne pouvaient pas sortir de la cellule de peur d’être envoûtés, selon le pasteur. Children’s Voice avait fait appel au Service de la Police Spéciale de Protection de l’Enfance. C’est ainsi que le pasteur et ses deux collaborateurs, les enfants et quelques femmes, mères des enfants victimes, ont été emmenés jusqu’au bureau de la police, à bord de trois véhicules que nous avions pris à notre charge.


Photo prise dans l’Église Nayot, à Goma
[Visages masqués ou transformés rendant toute reconnaissance impossible]



Le pasteur et les femmes ont été immédiatement incarcérés. Les femmes ont été accusées d’avoir été complices du pasteur dans ces fausses allégations. C’est elles qui avaient amené leurs enfants.
Les 32 enfants, épuisés, affamés et traumatisés ont été reconduits à la maison par nos équipes après que nous leur ayons donné à boire et à manger.

Les habitants du quartier, plongés dans la psychose de recevoir un mauvais sort et/ou d’être contaminé par la sorcellerie ne leur ont pas fait un bon accueil. Leur tentation est grande de rejeter ces enfants et de chasser leurs familles. Nous avons dû demander l’appui du Maire de la ville de Goma, du chef du quartier et du commissariat de la police du quartier pour sécuriser ces victimes. Ci-joint notre correspondance à ce sujet.

Cet événement survient à deux jours seulement d’un autre similaire qui a marginalisé et plongé quatre autres enfants dans la violence.

Ce lundi 3 juillet, Children’s Voice est intervenue dans la libération des quatre enfants dont trois filles et un garçon, détenus au cachot de la commune de Karisimbi, toujours dans Goma. Ces enfants étaient accusés d’être des sorciers et d’avoir mangé le cœur d’une dame, cause de sa mort.

Encore une fois, nous avons lancé des messages de sensibilisation à la radio et dans des rencontres communautaires pour démystifier ces mauvaises croyances qui mettent en danger toute la population.

Pourtant, il y a un mois seulement, la Coalition pour le Développement de la Petite Enfance dont Children’s Voice est membre avait organisé avec succès une session de travail sur le phénomène dit des « Enfants Sorciers » à Goma au cours de laquelle des résolutions ont été prises.

Children’s Voice,
Goma, 12 juillet 2006.


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01 juillet 2006

Colloque avec les Églises

Colloque avec les Églises
sur les Enfants dits sorciers



Le 7 juin 2006, la Coalition pour le Développement de la Petite Enfance dont Children’s Voice est membre a organisé avec succès une importante session de travail autour du phénomène dit « Enfants Sorciers » à Goma.

Deux ateliers avaient réuni :
  1. Les autorités de base
  2. Les Évêques des Églises catholiques, les Pasteurs des Églises protestantes et ceux du Réveil, les Imams musulmans et les responsables d’autres confessions religieuses.




Antoine Famba, présentant aux participants
les préoccupations de notre ONG



Discours d’ouverture par Antoine Famba,
Conseiller juridique de Children’s Voice



Mesdames et Messieurs,

C'est pour nous une grande joie de nous retrouver devant vous pour parler de la situation de nos enfants accusés faussement de sorcellerie.

Le devoir de sauvegarde qui nous incombe particulièrement vis-à-vis de cette catégorie de personnes nous oblige tout d’abord à souligner que la recrudescence de la croyance dans la sorcellerie est en train de prendre une grande ampleur dans la société congolaise en général et dans la ville de Goma en particulier et qu’elle a aussi évolué en changeant d’orientation. Avant, c’est à des personnes âgées qu’on collait l’étiquette de sorcier, mais actuellement, c’est aux enfants. Vous avez pu remarquer comme nous que le Congo qui connaissait déjà le drame des enfants soldats, des enfants de la rue, des enfants victime de la violence sexuelle et autres fléaux est en proie depuis quelques années à ce nouveau phénomène tout aussi inquiétant.

Sa propagation dans la ville de Goma est devenue la cause de la plupart des crimes et traitements inhumains que subissent les enfants, appelés communément « sorciers ».
Nous avons vu le développement des tortures, des meurtres, de la soumission de ces enfants à la privation de nourriture pendant trois à cinq jours dans des cérémonies de délivrance pour les débarrasser du mal qui les possèdent. Nous les avons vus brûlés par certains pasteurs qui pensent que c’est la meilleure façon de leur faire avouer leur sorcellerie, et subir toutes sortes de violences physique et verbale les plus diverses telles que de leur verser de l’eau salée dans l’anus pour purger leur corps du mal, les fouetter, etc.

Et ce qui choque le plus, c’est de voir cette véritable tragédie se dérouler au su et au vu de tout le monde, c’est-à-dire que même les personnes conscientes se cachent derrière cette croyance.
Le pire est aussi que c’est souvent les membres de leur famille ou de leur milieu habituel qui leur collent l’étiquette de sorcier et exercent ensuite sur eux des actes ignobles, sans pitié ni pardon et parfois même avec une immoralité très accentuée.

Mesdames et Messieurs, cette réunion étant d’une importance capitale pour l’avenir de nos enfants, qui sont l’espoir de notre ville et de notre province, permettez-nous de vous faire palper concrètement cette réalité en vous citant, à titre d’exemple, quelques-uns des cas qui nous avaient alertés à CHILDREN’S VOICE. Nous citons :
  • En 2003, une fillette a été lapidée à mort par les jeunes de son quartier qui l’accusaient d’être sorcière, à KATINDO gauche vers la paroisse Mont CARMEL, au motif qu’elle était à l’origine de la mort d’une de leurs locataires, morte en réalité du SIDA.

  • Au mois d’août 2004, trois fillettes, une de 9 ans et deux de 13 et 14 ans, du quartier KESHERO ont été accusées d’être des sorcières responsables de la disparition dans l’autre monde de leur voisine de 11 ans. Elles ont été frappées et conduites au lac où elles ont été obligées de faire des incantations pour retrouver leur victime et leurs familles ont été chassées du quartier, alors que deux semaines plus tard la fille disparue était retrouvée à KALEHE. Mais celle-ci fut aussi accusée à son tour d’être possédée et de venir du deuxième monde, et ses parents, croyant à la sorcellerie l’ont confiée à une petite église du quartier pour sa délivrance au lieu de la faire soigner, alors qu’elle était voilée.

  • Au mois de mai 2004, deux gamins de 6 et 8 ans de la même famille ont été torturés par leur papa avec un fer à repasser et enfermés dans une église pendant deux semaines. Selon le pasteur de l’église, ces enfants étaient des sorciers et portaient malheur, au motif qu’ils empêchaient leur père d’avoir de la chance de gagner de l’argent.

  • En novembre 2004, deux jeunes filles de 14 et 15 ont été arrêtées pendant deux jours au cachot de la commune de KARISIMBI, accusées d’être des sorcières impliquées dans la disparition d’un bébé de deux ans. C’est parce que nous ne connaissons que trop bien les conséquences de garder des jeunes filles et des femmes dans des cachots que nous avions aussitôt mené les démarches pour les faire libérer, et nous les avions ramenées chez leurs parents. Le bébé disparu a été retrouvé plus tard à BUKAVU.

  • En février 2005, un garçon de 11 ans atteint d’une insuffisance mentale a perdu son chemin. Venu de Gisenyi, il s’est retrouvé au Birere ou il a été torturé et brûlé vif. Il est mort de ses brûlures à l’hôpital Docs de Goma.

Mesdames et Messieurs, devant tous ces témoignages, il est clair que les abus et violations des droits des enfants demeurent une réalité de tous les jours dans nos milieux habituels. Les enfants communément appelés « sorciers » sont souvent abandonnés à eux-mêmes, sans protection ni encadrement familial, et sont souvent encore privés de soins après leurs tortures. Ils se réfugient dans la rue et grossissent le rang des enfants de la rue avec tous les risques mettant leur vie en danger, tels que le vol, la drogue, le viol, la prostitution, le risque d’être tué, de contracter le VIH/SIDA, les IST, etc.

Devant cette situation, nous ne pensons pas qu’il suffira de croiser les bras en se disant simplement que CHILDREN’S VOICE pourrait se contenter de reconnaître les progrès importants déjà faits par certains parents, certaines ONG et l’État dans la lutte pour le rétablissement de l’enfant dans ses droits. Nous pensons qu’il faudrait lancer encore un cri d’alarme pour réveiller et provoquer une prise de conscience de tout un chacun.

Nous remercions de sa présence l’Autorité provinciale car sa participation à cette réunion est la preuve de l’intérêt qu’il accorde aux enfants et à leur bien-être. Nous remercions aussi de leur présence la Division Femme et Familles, les chefs des quartiers et leurs suites, les ONG locales et internationales, en vous exhortant tous à vous impliquer dans la lutte contre ce nouveau fléau.

Je vous remercie de votre attention.



Les Évêques des Églises catholiques, les Pasteurs des Églises
protestantes et ceux du Réveil, les Imams musulmans
et les responsables d’autres confessions religieuses


Les résolutions


Lecture du communiqué final par l’Imam musulman


Nous, Évêques, Révérends Pasteurs, Imams et Autres responsables des confessions religieuses, réunis en Atelier de réflexion sur le phénomène dit « Enfants Sorciers » à Goma, en date du 7 juin 2006, au Tabernacle de l’Hôpital Docs Heal Africa.

Après avoir examiné dans sa profondeur le phénomène de l’enfant accusé de sorcellerie dans la ville de Goma ;
  • Sachant que les Écritures Saintes ne reconnaissent pas en l’enfant la sorcellerie,
  • Attendu que les Églises et Confessions religieuses ont la noble mission de professer l’amour ;
  • Vu que le phénomène des enfants accusés de sorcellerie est en violation flagrante de cette dernière,
Déclarons :
  1. Les confessions religieuses doivent continuer leur noble mission de propager la foi en Dieu, l’amour, la réconciliation et la libération des opprimés, sans discrimination ;
  2. Elles doivent lutter contre toutes formes de violences commises à l’endroit de l’enfant accusé de sorcellerie ;
  3. Elles doivent condamner énergiquement toute forme de violence (torture), à l’endroit de l’enfant au nom de la délivrance.

Nous nous engageons à :
  1. Protéger l’enfant accusé de sorcellerie ;
  2. Assurer l’encadrement spirituel des serviteurs de Dieu, des parents et des enfants ;
  3. Vulgariser les droits et devoirs de l’enfant reconnus dans les textes juridiques nationaux, internationaux et les Saintes Écritures (Bible et Coran) ;
  4. Demander à l’État d’assumer ses responsabilités envers les enfants.

Fait à Goma, le 7 juin 2006


Il faut souligner que malgré le travail réalisé, la tâche reste encore difficile car certaines autorités de la place sont fermement ancrées dans leur croyance en la sorcellerie, au point de pouvoir mettre des petites filles au cachot, en les exposant aux abus sexuels et autres formes de violence. Ces autorités sont loin de vouloir venir en aide à tous ces enfants stigmatisés et marginalisés.

Pourtant la Nouvelle Constitution de la République Démocratique du Congo à son article 41 § 4 stipule : « L’abandon et la maltraitance des enfants, notamment la pédophilie, les abus sexuels ainsi que l’accusation de sorcellerie sont prohibés et punis par la loi ».

Le travail devant être de longue haleine, la Commission Protection de l’Enfance du Nord-Kivu doit développer d’autres stratégies pour faire face à ce défi.



Les ateliers












Children’s Voice,
Goma, 31 juin 2006.


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30 juin 2006

Une jeune fille sauve un enfant

Un enfant dit sorcier sauvé de justesse
par le courage d'une jeune fille



Quand Children’s Voice a commencé la lutte pour la protection des enfants dits sorciers, une catégorie d’enfants marginalisés et torturés, la tâche semblait impossible et de longue haleine. C’était un grand défi. Comment arriver à conscientiser cette population pas assez instruite et qui tient a ses coutumes ! Où les parents, les églises et les autorités ne semblaient pas vouloir abandonner ces accusations ! Où ces enfants, à peine soupçonnés et accusés, sont lapidés et brûlés vifs en plein jour devant les passants (militaires et pasteurs, policiers et chrétiens, autorités et politiciens), condamnés à mourir car, dit-on : « un sorcier doit immédiatement mourir avant qu’il ne jette le mauvais sort ».

Ne pouvant pas rester inactives devant les cris répétés de ces enfants, en tant que mères et membres de cette association, nous avions pris la détermination de faire face à ce défi et de combattre ce mal jusqu’à la dernière énergie. Pour faire changer le comportement de la population et interpeller les autorités.

C’est dans ce sens que notre colloque de novembre 2004 avait réuni les autorités locales et les responsables des églises et des ONG sur le thème « Le mauvais traitement des enfants et ses conséquences : la responsabilité partagée ».

Sensibilisations communautaires, émissions de radio et télévisées, ateliers et messages dans des églises, messages sur des pancartes dans les rues, affiches et bandes dessinées menaçant de poursuites judiciaires et de condamnations les auteurs de ces crimes, sensibilisation des autorités… Sur tous les fronts, nous avons fait et nous continuons à faire tout qui peut être utile.

Ce que femme veut, Dieu le veut, dit-on. Le rêve de des femmes de Children’s Voice se réalise peu à peu. L’implication de la population commence à se faire sentir.

En mars 2006, Jean Pierre, chef de l’avenue Kisangani dans un quartier de Goma, a sauvé la petite Odette avant qu’elle ne soit tuée. Il avait pourtant reçu des menaces (car selon les croyances, si tu défends un sorcier, c’est que tu l’es aussi), mais voyant qu’il n’y arriverait pas seul, il avait couru chercher l’aide des agents de l’ordre (on peut lire ce récit plus loin dans le blog).

Ce matin de mars, vers 10 heures du matin, Sara Mapendo, étudiante en troisième année secondaire à l’Institut Bora rentre de son école après les examens. Sur son chemin, dans le quartier Katoyi et Mabanga-sud, elle croise une foule qui traîne une jeune fille comme on conduit un animal à l’abattoir : Francine a 14 ans et est accusée de sorcellerie.



De gauche à droite : Sara Mapendo, Francine et Joseph Maheshe
devant le bureau de Children’s Voice


La foule est enragée. L’enfant a le visage plein de sang. Sara s’approche. Écoutons-la nous raconter comment elle a procédé : « La foule était tendue et armée de bâtons et de pierres. Il a fallu que j’invente une histoire pour leur arracher cette enfant. Je me suis avancé jusqu’au centre où la fille venait d’être renversée. Je l’ai prise par le bras en disant : c’est ma petite sœur. Elle a fui la maison. C’est une handicapée mentale. Elle est sous traitement médical. »

Elle ajoute : « En même temps, je me suis rappelé les accusations dont j’ai été victime quand j’étais petite. Je venais de perdre mes parents. On m’avait aussi accusé d’être sorcière. C’était absurde. Je n’étais pas une sorcière mais personne ne pouvait me croire. J’ai vite compris que cette enfant avait les mêmes difficultés que moi. Elle avait besoin d’être aidée. Ce qui m’a donné du courage, c’est la sensibilisation que j’avais suivie à l’émission Sauti ya watoto (La voix des enfants) qui dénonçait le mauvais traitement des enfants accusés de sorcellerie. Par mon intervention, j’ai pu diviser la foule. Certains nous poursuivaient alors que les autres abandonnaient. »

Melina Soki, qui se dirigeait vers le marché, voit au loin sa copine Sara en danger et se fraye un chemin pour aller l’aider. Un autre passant, Joseph Maheshe, comprenant l’héroïsme de Sara au milieu de cette foule en colère, se joint à elles et, en s’y mettant à trois, ils forcent le passage. « À un moment donné, nous avons eu peur que la foule nous rattrape et nous avons demandé de l’aide à un conducteur. Adolphe Chirimwami nous a pris à bord de son véhicule et emmené jusqu’au bureau de Children’s Voice ».

Francine est maintenant prise en charge par Children’s Voice.

Félicitations à Sara, Melina et Joseph qui ont agi avec responsabilité, courage et volonté. Sans hésiter, malgré le risque de se faire tuer, ils sont allés sauver la vie de Francine qui devait mourir assassinée comme tant d’autres enfants accusés d’être des sorciers et ils l’ont amenée à Children’s Voice. Une très belle action, exemplaire !

Children’s Voice, Goma, juin 2006.

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24 juin 2006

Le kidnapping des enfants à Goma

Le dessous du mystère des enlèvements
d'enfants à Goma


Le mot enfant nous vient du latin « infans » qui signifie : « celui qui ne parle pas ». On voit déjà fidèlement se refléter dans cette origine du mot une conception bien particulière de l'enfant : « Soit sage et tais-toi ! » disait Alain Serres.

Ainsi les pères gaulois avaient droit de vie et de mort sur les enfants. Les lois romaines autorisaient les hommes à accepter ou refuser un enfant à sa naissance.

D’un continent à une autre, d’une culture à une autre, malgré le décalage des siècles, un enfant, en République Démocratique du Congo, ne parle pas toujours et apprend de plus en plus à être sage et ne pas revendiquer.

C’est dans ce contexte que des enfants sont kidnappés et déplacés comme des paquets de linge pour cause de disputes et de séparation des parents. En l’absence de lois et dans l’ignorance des droits, la famille la plus forte impose la garde des enfants. Le kidnapping n’est pas nouveau à Goma, nous l’avons déjà combattu, mais on en comprend un peu mieux maintenant les motifs et pourquoi il est si fréquent.


Junior, Michaël et Nicole, enlevés à Goma, ont été retrouvés
à Kigali grâce à Children’s Voice.



On assiste à des enlèvements sur le chemin de l’école ou dans les quartiers, par malice ou par violence, avec des coups ou sous la menace d’une arme… Tous les moyens sont bons pour déplacer et cacher les victimes avant de les expédier par véhicule ou par bateau, ou même par avion pour aller plus vite, pour… fuir la lave du volcan Nyiragongo et échapper à toute poursuite.

Comme des colis, des enfants sont expédiés de Goma aux quatre coins du monde.

Par exemple, le petit Steve âgé de 3 ans, caché sous le nom de Christian inscrit sur le billet de la compagnie Wimbi Dira pour brouiller les recherches de sa mère avant son décollage vers Kinshasa ; Alain, 9 ans, pour qui la nuit sombre a suffi pour l’embarquer sur un bateau à destination de Mbujimayi ; Glady, 10 ans, Naomi, 7 ans et Raïssa, 5 ans, enlevées à l’école, ont été cachées dans une maison pendant des jours. Quant à Jospin, 6 ans, c’est avec une arme à feu que son père l’a gardé quelques jours à l’aéroport international de Goma avant de prendre la destination de Kananga devant les pleurs et l’impuissance de son ex-femme terrorisée.

C’est aujourd’hui le tour de Nicole, Michaël et Junior de 9, 7 et 5 ans, frères et sœur, récemment kidnappés et acheminés au Rwanda par leur oncle Éric sur la commande de leur père vivant à Kigali et séparé de sa femme depuis un bon moment. Le cauchemar de ces trois enfants a commencé exactement le 18 mai 2006 et c’est par l’action de Children’s Voice qu’ils ont été retrouvés.

Ce ne sont là que quelques cas connus parmi beaucoup d’autres enfants condamnés à être sage pour se taire et se laisser traîner.

Mais pourquoi recourir à une telle violence, sans crainte de traumatiser les enfants ? Les auteurs de ces enlèvements agissent-ils dans l’intérêt supérieur de l’enfant ? Voila encore une matière de réflexion.
N’y a-t-il pas moyen de faire intervenir la justice pour départager les parents et statuer sur la garde de ces enfants ; et mettre ainsi fin à ce trafic ?

Selon la tradition, dans le mariage coutumier (versement de la dot par l’époux) ou civil, les enfants issus de cette union entrent au patrimoine de la famille de la mère. Le père n’aura de droit sur ces enfants qu’après acquittement de sa dot auprès de sa belle famille. Ce qui n’est pas une raison de recourir a la force pour s’en accaparer à l’insu de la famille qui en a la garde.

Les enfants les plus exposés aux enlèvements sont justement ceux qui sont déjà victimes de la séparation de leurs parents. Ils partagent le même sort que les enfants nés de filles mères abandonnés par leur conjoint après leur grossesse, dont les exigences coutumières et civiles n’ont pas été honorées, que l’homme ait reconnu ou pas sa paternité. Et ces femmes mères qui ont difficilement élevé leurs enfants ne se laissent pas facilement faire. Ainsi naît la violence autour de ces enfants.

Comme dans la jungle et en l’absence de tout arbitrage judiciaire, c’est la loi du plus fort : « Que le plus fort gagne ! ».

Dans tous les cas, les enfants sont victimes de ces coutumes et de l’irresponsabilité des parents en cas de séparation, de la violence intrafamiliale et de l’absence de toutes mesures de protection. En complète violation de leurs droits d’enfants, les droits de l’enfant étant encore une fois bafoués.
Children’s Voice, Goma, juillet 2006.

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16 juin 2006

La Journée de l'Enfant Africain 2006

Le 16 juin, l’Afrique a célébré la 15e Journée de l’Enfant Africain, décrétée par l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) en 1991.

Au Nord-Kivu, à Goma, la journée a été organisée par Children’s Voice sur le thème « Les violences faites aux enfants ». Elle a été célébrée par les jeunes du Club d’Écoute (le Parlement des enfants de Goma), avec un appui financier de l’Unicef.

La salle polyvalente de la Croix Rouge a été envahie par des enfants venus de tous les quartiers de la ville de Goma.
Les adultes invités étaient la coordinatrice et le conseiller juridique de CHILDREN’S VOICE (notre ONG qui encadre ces jeunes), le président de l’Association HANGE NA SIDA et sa délégation. Leurs hôtes d’honneur étaient Monsieur Nigel Fisher, le président du conseil d’administration du Comité National pour l’UNICEF du Canada et Mme Francesca qui représentait le Chef du Bureau du Comité National pour l’UNICEF de RDC-Zone Est.



À travers le discours de leur président (élu), leurs poèmes, leur théâtre et leurs chansons, les enfants participants ont évoqué les violences dont les enfants sont victimes en République Démocratique du Congo en général et au Nord-Kivu en particulier.

Le président de l’Association HANGE NA SIDA, après avoir présenté l’action de son association, a justifié sa participation à cette journée en expliquant combien cette pandémie du siècle a été et reste encore à ce jour la source du malheur des enfants.

La coordinatrice de CHILDREN’S VOICE a tenu à remercier vivement l’UNICEF et à saluer la forte collaboration des enfants du Club d’Écoute autant pour leur concours dans la commémoration de cette Journée que dans le travail de défense de droits de l’enfant. Elle a reconfirmé la collaboration et le soutien de Children’s Voice à toutes les initiatives des enfants et des jeunes.

Elle a ajouté que si cette journée nous rappelait d’abord le massacre des centaines d’enfants à Soweto le 16 juin 1976, il y a de cela 30 ans, elle attirait surtout notre attention sur les violences et les malédictions imposées actuellement aux enfants dans ce pays et dans cette province, et qui ont pour nom : Enfants de la rue, Enfants soldats, Enfants sorcier, Enfants orphelins, violences familiales, éducation sans scolarisation, etc.

S’exprimant au nom de l’UNICEF, Nigel Fisher a manifesté sa satisfaction. Il a loué le travail des enfants et celui de Children’s Voice dans la défense et la promotion des droits de l’enfant dans cette région de la RDC. Il s’est entretenu avec les enfants et a les a interrogés sur les motifs selon eux de la recrudescence des violences contre les enfants. La connaissance insuffisante des droits de l’enfant ainsi que l’impunité et la non-implication des autorités ont été leurs principales réponses…




C’est depuis le début de cette année 2006 que l’Unicef de la Zone Est de la RDC a confié l’encadrement de ces enfants à Children’s Voice. Plusieurs activités avaient alors été prévues dont la commémoration de la journée de l’Enfant Africain.

Children’s Voice,
Goma, juin 2006.


— La Journée JEA 2005, avec le forum des enfants [PDF 53 Ko, 3 p.]
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Liens
• Site de l’UNICEF de RDC

11 juin 2006

Un voyage en Europe très encourageant

Voyage en Europe

18 mai-7 juin 2006




Christine Musaidizi, la coordinatrice de Children's Voice, a effectué un voyage d'études en Europe du 17 mai au 6 juin 2006, qui l'a conduit à Gand (Belgique), Paris (France) et Varsovie (Pologne), grâce à un cofinancement partiel de l'UNICEF et de l'AFJK.




Un voyage d'études pour les droits de l'enfant



Au cours de son séjour, Madame Musaidizi a donné deux conférences sur la situation des enfants au Congo, à la Conférence internationale sur les droits de l'enfant de Gand (Belgique) et à l'Assemblée générale de l'AFJK à Paris.

Elle a participé avec l'AFJK à un colloque franco-polonais de deux jours sur « La protection de l'enfance hors de la famille » à Varsovie et a assisté à l'inauguration du monument dédié à Janusz Korczak, le précurseur des droits de l'enfant, au cœur de la capitale polonaise, en présence du Président de la République et des plus hautes autorités de l'État.

À chaque fois, la présence de l'association congolaise Children's Voice a été remarquée et saluée. Children's Voice a encore pu tenir un stand pendant trois journées pleines au 2e Salon international des initiatives de Paix, du 2 au 4 juin.

Le voyage s'est terminé par ma rencontre avec l'équipe du Centre d'accueil des mineurs étrangers errants dans Paris, un refuge pilote créé par l'ONG internationale EMDH (Enfants du Monde Droits de l'Homme), qui permet de recueillir en permanence une quinzaine d'enfants et adolescents en danger et de les aider à trouver une solution de réinsertion en cinq semaines environ. (Pour en savoir plus, lire les légendes de l'album photo).

Children's Voice, juin 2006.

07 mai 2006

La journée mondiale de l’enfant Orphelin



Journée Internationale
de l’Enfant Orphelin



Ce dimanche 7 mai 2006, nous commémorons la journée mondiale de l’enfant Orphelin (1). Toutes les ONGs nationales, internationales, les agences onusiennes, les structures étatiques, les Églises, nous nous sommes tous mis ensemble dans la Commission de la protection de l’enfance pour penser à ces enfants, pas seulement orphelins mais aussi vulnérables, sidéens et pauvres. Pour la collecte des fonds, chaque organisation a eu sa tâche. Children’s Voice s’est chargée de trouver des fonds pour les banderoles. Nous avons eu l’appui de la compagnie de communication Celtel et du contingent indien de la Monuc.

Les orphelins sont nombreux dansla ville de Goma, si petite ville qu’elle soit, si bien que ceux que nous avons pu réunir ont représenté les absents : ils étaient 2 400, groupés dans leurs organisations d’encadrement, et ils ont fait une marche d’environ 2 km,depuis le rond-point BDEGL jusqu’à l’Institut Technique de Goma (ITG). Ils avaient entre 3 et 15 ans.

Après la marche spectaculaire, des jeux, des pièces de théâtre, des acrobaties, des danses traditionnelles, des poèmes ont été présentés par des orphelins. Ils ont exprimé leur vie difficile vécue après la mort de leurs parents. Ils ont aussi fait passer des messages de sensibilisation sur le VIH Sida. Tous les mots de circonstances ont invité les autorités présentes, et les hommes de bonne volonté à venir en aide aux orphelins de cette province. Nous remercions d’une façon particulière l’action de l’armée de la Monuc qui a assuré le transport des enfants, la sécurité et le repas de tous les participants (enfants, encadreurs,
invités, organisateurs).






À Goma, au Nord-Kivu, les enfants deviennent orphelins à cause du décès du père, de la mère, parfois des deux parents à cause de la guerre, de la maladie, de tueries et de massacres dans la ville, de manque de soins appropriés, de la misère. Ils sont nombreux à être victimes du sida.

En effet, la situation en matière de pandémie du sida est alarmante. Selon l’ONUSIDA, près de 22 millions de personnes sont mortes du Sida depuis son apparition il y a plus de 20 ans. Au rythme actuel, ce sont plus de 70 millions de personnes qui mourront d’ici 2020 en l’absence d’une mobilisation massive.

Une des conséquences majeures de la croissance de la pandémie est l’augmentation du nombre d’enfants orphelins et/ou affectés par le VIH/Sida. À ce jour, plus de 11 millions d’enfants de moins de 15 ans vivant en Afrique Subsaharienne ont déjà perdu un seul ou leurs deux parents en raison du VIH/Sida.

La République Démocratique du Congo paie un lourd tribut face à cette pandémie puisque l’on estime respectivement, à ce jour, à plus de 930 000 le nombre d’orphelins dus au Sida.

Publié à l’occasion de la XIIe conférence internationale sur le Sida qui s’est tenue à Barcelone en juin 2002, le rapport Children on the brink (Enfants au bord du gouffre) indique (2) que le problème des orphelins du sida, déjà alarmant, va empirer car de plus en plus de parents vont succomber à la maladie. Ainsi, sans changement épidémiologique majeur, on s’attend à ce que le nombre d’orphelins du Sida s’élève à plus de 20 millions en 2010 soit un enfant africain sur deux.


Comptant parmi les plus vulnérables, les enfants sont encore davantage socialement exposés au fléau. Cela est particulièrement vrai en Afrique subsaharienne où il existe peu de systèmes
de soutien social en dehors des familles et où les services sociaux de base sont largement insuffisants. Par ailleurs, les orphelins risquent beaucoup plus que la majorité de leurs pairs de contracter l’infection VIH/Sida. En effet, affectivement vulnérables, ces enfants sont susceptibles de subir des agressions sexuelles et diverses formes d’exploitation, comme la prostitution ou l’esclavage, pour survivre. À ce titre, les fillettes et les adolescentes comptent parmi les premières touchées par les conséquences de la pandémie. En effet, dans la famille recomposée, elles sont amenées à quitter l’école avant les garçons et sont les plus exposées
au manque de soins et aux exploitations multiples.

Outre les difficultés qui apparaissent actuellement du fait du nombre croissant d’orphelins, ce phénomène va susciter, sur le long terme, d’importants changements dans la structuration sociale des communautés. Ainsi, cette forte pression liée au sida remet actuellement en cause les solidarités familiales, l’organisation sociale et les potentialités économiques réduisant brutalement les chances de développement des pays concernés.

Par ailleurs, l’accroissement de la prise en charge d’enfants par la famille élargie, souvent inactive et sans véritables revenus, (les grands-parents ou les personnes âgées) et la multiplication du nombre de ménages dont le chef de famille est un enfant contribuent à compromettre les droits fondamentaux des enfants à l’éducation, à la santé et à la sécurité. Les effets de la maladie puis du décès des parents sur les enfants touchent à la fois les aspects socio-économiques et les aspects psychosociaux.

Les difficultés économiques sont diverses. Elles entraînent l’enfant affecté par le sida dans une spirale d’appauvrissement avec des répercussions qui se ressentiront dans sa vie d’adulte et de futur parent. Lorsque les parents tombent malades, ils ne sont généralement plus en mesure de travailler. Les économies des ménages sont alors utilisées pour payer les traitements. Une logique de survie à court terme se met alors en place qui conduit à un appauvrissement général du foyer. Dans la plupart des cas, les enfants sont contraints à travailler pour compléter les revenus de la famille. Ils assument ainsi précocement la responsabilité de subvenir aux besoins essentiels du ménage avec les risques d’exploitation inhérents. La plupart du temps, ils abandonnent l’école, en premier lieu les petites filles, se privant ainsi de la possibilité d’acquérir des compétences puis un métier.


Au décès des parents, notamment DU père, il n’est pas rare de voir les enfants orphelins spoliés de leur héritage par le reste de la famille. Les difficultés psychosociales laissent entrevoir un lourd impact en termes de confiance en soi et de sécurité affective, renforcé par les nombreuses responsabilités endossées à la mort des parents. Ainsi, ces enfants risquent de se retrouver privés d’une grande partie de leurs potentiels de développement vers une vie adulte épanouie.

Mais en plus du Sida, le conflit en République démocratique du Congo a fait des milliers de morts.

Selon une étude démographique publiée en avril 2003 par le Comité international de secours, plus de 3,3 millions de personnes ont péri en raison de ce conflit. La plupart sont mortes de malnutrition et de maladies qui auraient pu être évitées, engendrées par les déplacements massifs de population et l’effondrement des systèmes économique et de santé du pays.

Cette journée spéciale a servi de cadre d’épanouissement et de partage à ces enfants. Elle a en outre permis de focaliser l’attention du public sur la détresse de ces enfants vulnérables et sans ressources.

C’est la première fois que cette journée a pu être commémorée dans la Province du Nord-Kivu et en RDC.

Children’s Voice,
Goma, novembre 2006.





______________

1. La Journée mondiale des orphelins du SIDA est un événement initié en 2002 par l’AFXB, Association François-Xavier Bagnoud, une ONG dont le siège social est basé en Suisse et qui lutte contre le VIH de manière innovante et avant-gardiste en cherchant des solutions de traitement bon marché pour les personnes atteintes de ce virus. Créée en 1989, elle est présente dans 17 pays dont l'Inde (dans les 35 États et Territoires de l’Union Indienne) et ne cesse d’identifier et d’appliquer des solutions pratiques aux problèmes sociaux, économiques et de santé liés à la pandémie du Sida.

2. Children on the brink 2002, a joint report on orphan estimates and program strategies, Unaids, Usaid, 2002.


- LIENS
Voir le site de l’ONG François-Xavier Bagnoud (impressionnant, tout en Flash, en anglais et en images, qui peut-être long à charger) : http://www.fxb.org

Voir aussi les définitions des mots suivants sur Wikipedia :
- SIDA
- VIH
- Virus

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13 avril 2006

La souffrance des enfants des rues à Goma

Une jeep militaire au milieu d'un attroupement hostile, trois enfants assis à l'arrière recevant des coups des soldats qui viennent de les arrêter, encouragés par la population. Des enfants de la rue viennent d'être accusés d'avoir volé. Il est fort possible qu'ils aient volés mais ce sont des enfants, or les soldats les frappent et veulent maintenant les emmener pour les faire parler…

L'intervention inopinée de la représentante de Children's Voice qui a surppris cette scène en se rendant à son travail les sauvera de justesse. Ils se confieront ensuite à elle. [Suite dans le document ci-dessous].

— Lire le compte rendu détaillé de Christine Musaidizi
[PDF 87 Ko, 3 p., 1 photo]

Children's Voice,
Goma, 14 avril 2006.

06 mars 2006

Tous les enfants congolais n’ont pas droit à l’éducation

En RDC, l’école est payante : chacun doit payer les frais de scolarité qui couvrent aussi bien le matériel scolaire que le salaire des enseignants. Le droit des enfants congolais à l’éducation n’est pas respecté. Par Christine Musaidizi.


L’éducation est un droit inaliénable pour tous les enfants sans distinction sociale.
Pourtant ce droit est reste méconnu, négligé et bafoué en pratique. C’est le cas en République Démocratique du Congo où tous les enfants n’ont pas accès à l’école. Avec la prise en charge des frais d’enseignement par les parents, l’année scolaire est interrompue par les exclusions pour les enfants en retard de paiement. Or il y a encore tant de parents si pauvres qu’ils sont incapables d’assurer la scolarisation de leurs enfants.

Les enfants de la photo ci-dessous sont de Bujovu, un quartier très pauvre de la ville de Goma. Il sont en majorité orphelins ou simplement enfants de familles pauvres, mais tous ne vont pas à l’école faute de payer le salaire des enseignants.




Ils passaient la journée à mendier dans les rues. Ils s'agglutinaient autour du camp du contingent de la Mission de la Paix, la MONUC, pour demander un morceau de pain et pour fouiller les poubelles à la recherche des restes de nourriture et les manger dans la saleté. Un commandant du camp, le Major RAJPUT, a été touché par la situation de ces enfants sales et mal habillés traînant dans la rue, mangeant dans les poubelles tout ce qu’ils ramassaient à des heures ou les autres enfants sont à l’école.

Il a eu l’idée géniale de les rassembler dans une petite tente pour leur apprendre à se laver les mains avant de manger, à bien jouer ensemble avec tolérance et avec un peu de discipline. À midi, il pouvaient recevoir un peu de la nourriture préparée pour eux par les militaires et distribuée aux enfants.
« Qu’ils mangent avec dignité. Ce sont des enfants et non des sauvages pour manger dans les poubelles ».

Les enfants apprenaient oralement car ils n’avaient ni cahiers, ni stylos. Ils étaient 300, âgés de 4 à 14 ans.



Sur cette seconde photo, on voit l'équipe de Children’s Voice qui avait été appelée pour leur distribuer des cahiers, pour leur donner la possibilité d’apprendre à lire et à écrire. Il fallait avoir des sacs en plastique pour protéger leur petit matériel contre la pluie et la saleté. Ils nous avaient été offerts par la compagnie de communication SUPERCELL.

À la fin de sa mission, le Major Rajput a confié ces enfants à Children’s Voice car l’endroit libéré par le camp n’était pas un milieu approprié pour y maintenir une simple tente, une fois la MONUC partie. Nous sommes heureuses d'apprendre que le Maire de la ville, Monsieur Pollydore Wundi Kwavirwa, a offert de donner à Children’s Voice un petit terrain de 25 m sur 40 m, de quoi permettre d’ériger trois petites classes pour ces enfants.
Children's Voice,
Goma, 6 mars 2006.


[Addenda]
En plus de l'école de Bujovu, les militaires de la MONUC ont créé trois autres petites écoles, à qui Children’s Voice a remis des kits scolaires :
  • à Goma en 2 endroits : Indian Brigade school (300 enfants) et Indian House school (12 enfants)
  • à Rutshuru, à 72 km de Goma : School of Learning and Peace (150 enfants)
  • à Kanyabayonga, à 150 km de Goma : Koffi Annan Model school (134 enfants).

— Un an plus tard : Une suite heureuse à Bujovu !
— Imprimer l'article [PDF 103 Ko, 2 p., 1 photo]

30 janvier 2006

Un don précieux

Notre projet de création de Centre refuge s'est imposé par la nécessité. Nous avons compris qu'il fallait absolument encadrer ces enfants orphelins qui ne vont pas à l'école et vivent dans la rue, pour les protéger et pour ne pas les laisser vivre à l'abandon. En évitant qu'ils ne deviennent des victimes, à jamais blessées, et/ou des délinquants, la population aussi se trouvera protégée.

Au début de l'année 2006, l'évêque de Goma nous a remis un terrain

Nous sommes ensuite parties à la recherche de fonds pour clôturer ce terrain. Des lettres sont adressées aux hommes et femmes de bonne volonté. En premier au Gouverneur de la Province. Et si un ministre passe par Goma, il y aura droit aussi. Après la clôture nous installerons des tentes pour ces enfants. Ce sera mieux que la rue.
Children’s Voice,
Goma, janvier 2006.

25 janvier 2006

La lutte contre les violences sexuelles


Actions de sensibilisation


Nous préparons un rapport sur une journée de réflexion que nous avons réalisée il y a un mois, avec les autorités judiciaires, administratives, policières, sur le thème « L'accompagnement judiciaire des femmes et filles victimes des violences sexuelles » (Voir les actes publiés depuis, ici en ligne).


Actuellement nous sommes en pleine campagne de sensibilisation dans la lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants. Nous essayons d'éduquer, d'instruire et d'informer la population. Demain nous ferons passer à la télévision RTNC (radio et télé locale), dans notre émission « La Voix des Enfants », un atelier dans lequel nous avons demandé l'intervention du Procureur de la République pour dénoncer la coutume des arrangements à l'amiable entre la famille de l'enfant victime de violence sexuelle avec la famille du coupable moyennant des petits cadeaux a la famille ou encore l'offre de donner la mineure en mariage à son bourreau.

Pour cette campagne concernant les violences sexuelles au Nord-Kivu, nous avons reçul'aide du HCDH et de l'Union Européenne pendant trois mois, de novembre 2005 à janvier 2006 (voir ci-dessous).

Children’s Voice,
Goma, 25 janvier 2006.



— Une bande-dessinée réalisée pour la sensibilisation des adultes
[PDF 451 Ko, 2 p.]
— Les actes de la Journée de réflexion sur l'accompagnement judiciaire [à
lire ici en ligne
] ou à télécharger [Word 272 Ko, 37 p. 2 photos]
— Le rapport de notre Campagne de sensibilisation sur la protection et la prévention des femmes et des enfants contre les violences sexuelles au Nord-Kivu [à lire ici en ligne].

Children’s Voice, Goma, RDC - http://children-voice.org « Protéger l’enfant à tout prix »